lundi 18 février 2008

Les Cerfs Volants de Kaboul


J'ai vu ce week-end le film réalisé par Marc Forster, Les cerfs volants de Kaboul, fidèle, semble t-il au livre sur lequel il s'appuie. C'est de manière générale un très beau film. Il s'agit d'une amitié entre deux garçons Amir Jan et Hassan, qui seront séparés par la guerre. Le premier vit en Californie, écrivain désormais marié, le second meurt dans son pays en refusant de se soumettre aux talibans, laissant un fils, Sohrab. Amir Jan part alors à la recherche de ce fils au péril de sa vie.

Le film est donc très bien construit: une première partie, la plus longue, évoque l'enfance des deux garçons: une très belle amitié masculine, très fraternelle. Concours de cerfs-volants, légèreté....


Le voyage d'Amir Jan en Afghanistan constitue la seconde partie du film: tableaux durs, sanglants, ruines, perte....



L'impression d'un avant et d'un après est très forte. Toutes les personnes qui connaissent la guerre le diraient mieux que moi: la perte est totale, un nouveau monde a succédé à celui de la vie.

J'ai noté une petite particularité qui change beaucoup de choses tout de même: Amir Jan a vécu aux Etats-Unis, plus précisément à San Francisco. Il ne fréquente que des Afghans, ou presque, et le film suggère qu'il y a dans cette ville une communauté afghane. Cela souligne bien le statut des immigrés. Illustration de la fameuse salad bowl! Aux Usa parmi les nôtres. Acceptation de la différence, certes, mais tant qu'elle ne se frotte pas directement à la nôtre. Cela n'est pas innocent, rend même plus solide le lien qui rattache le jeune homme à son pays d'origine. Il n'y a donc pas de rupture totale entre l'avant et l'après, ce qui aurait peut-être, je dis bien peut-être, été le cas s'il avait vécu en France. Cela pose en tout cas une question intéressante, celle du lien entre les origines et le pays d'accueil: quelle mémoire? Pour Amir Jan, ne pas oublier, c'est aller chercher cet enfant, parce qu'il doit quelque chose à son ami, et à son pays. Mais la fin du film est heureuse sans l'être : la liberté de trois êtres est ternie par l'image qu'il nous reste de tout un peuple qui vit horriblement. Tout reste encore à faire: quelles solutions, quelles reconstructions, dans quelle mesure est-il possible d'agir ? Le noeud reste à défaire... et à penser avant tout.

Car j'ai un regret: beaucoup de films à notre époque, les situations sociales et politiques ne sont que des prétextes à la peinture des tragédies indivuelles. Je ne les néglige pas, et c'est aussi de cette manière qu'on parvient à toucher les gens. Il faudrait cependant se méfier de cette tendance occidentale qui consiste à évoquer les choses d'un point de vue anecdotique. les films, les pièces de théâtre, les livres, ont un succès certains lorsqu'ils nous racontent des tragédies et des drames, tout en maintenant notre ignorance sur la réalité politique. Je suis un peu dure, le film les cerfs volants de Kaboul échappe en grande partie à ces critiques mais il aurait pu être un bien meilleur film en étant moins superficiel sur les tenants et les aboutissants de la guerre. La situation des afghans est explicitement montrée: lapidations, terreur, viols, maladie, sans compter les rivalités ethniques et politiques. Nous voyons la situation, nous en sommes touchés. L'idéal serait que nous pensions la chose. Les deux sont nécessaires. Mais encore une fois, on nous montre un pays dont le conflit semble provoqué par l'invasion Russe de 1979 (ce qui est en grande partie vrai) : Il semble que les talibans aient pris le pouvoir sur une population sans pouvoir. Point barre. Or, la majorité des conflits, y compris au Proche et Moyen Orient, ont été des conflits qui n'appartenaient pas aux populations qui vivaient sur ces territoires. Je m'explique: des conflits avec des enjeux avant tout occidentaux (le pétrole, USA/URSS pendant la Guerre Froide...). Puis, vient le moment où les pays en question se retirent, et laissent en héritage des situations inextricables. Voilà le seul reproche que je ferais au film: il entretient l'idée qu'un monde meilleur, les USA, offre une vie meilleure, et l'occident et l'Afghanistan semblent deux mondes étrangers l'un à l'autre. Au final, le tableau est juste, mais l'analyse est insuffisante. Trop de films dénoncent l'horreur de la guerre sans montrer la responsabilité que nous y avons pris. Heureusement, ce tableau-là ne laisse pas indemne, du moins les moins cyniques, on regarde son pays d'une autre manière. C'est selon moi le risque de nos sociétés de nous pencher sur les pays en guerre sans que cette "prise de vue" devienne une prise de conscience des enjeux politiques, économiques et sociaux énormes qu'impliquent ces situations : bref, ne pas oublier de réfléchir sur nos propres politiques internationales et chercher à les améliorer.

En tout cas, je conseille à tout le monde d'aller voir ce film avec de très belles interprétations et qui peut susciter de plus vives curiosités sur le sujet.

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