vendredi 15 février 2008

Metissage



Le métissage est une bien belle et curieuse chose...

Etre métis ne signifie pas que vous vous sentiez également partie de l'un et l'autre pays. En ce qui me concerne, nom malgache, grande famille malgache et un pays et une histoire qui me sont étrangers. je ne vais pas exposer les raisons, nombreuses et toujours complexes, pour lesquelles Madagascar n'est qu'une lointaine origine pour moi. Côté français, je suis née dans une famille de mémoire. J'ai grandi entre les témoignagnes directs sur la seconde guerre mondiale, l'exode, la désertion, les témoignages précis du début de notre siècle aussi. J'ai grandi dans une maison où tous les souvenirs se sont amassés au fil du temps, comme un grand trésor: photos du XIX° siècle, morceaux de petis obus de la Commune, masques à gaz, lettres du front, livres très anciens.... Au lycée, j'ai constaté que l'histoire de France m'était plus familière que certains de mes camarades français. Je me suis construite avec elle. Mon identité est française. Lorsque je pense à mon passé, à ceux qui m'ont précédé, je pense à ceux de Bretagne, à ceux de Chartres, à ceux qui ont connus les deux guerres successives. Tout simplement parce que c'est cette part là qui m'a été offerte. Je regrette de n'avoir pas la richesse du métissage: une double histoire, une double identité, si cela est possible. Car ma famille à Madagscar a connu la colonisation et la décolonisation, l'insurrection malgache de mars 1947. Pour moi, tout cela a l'allure de photos dans les livres d'histoires. Et est-il possible de retrouver tout cela maintenant ? Au fond, il est absurde de parler de racines. Car les malgaches, très attachés à la famille, ne cessent de marteler qu'il faut que je me rende là-bas parce que ce sont mes racines. Ils ont en partie tort. Mes racines se trouvent où j'ai grandi, là où j'ai des souvenirs. Mes ancêtres ont beau avoir grandi à Madagascar, ils ne me parlent pas. La terre avant le sang. Cette petite réflexion sur ma propre identité soulève la question de celle de mon pays.L'histoire nous strucure plus que nos gènes, cela semble évident, et pourtant certains pensent encore le contraire, notamment notre président de la République... Une identité ne se décrète pas, elle ne vient pas du dehors, elle se construit au fur et à mesure. Et à plus grande échelle, il s'agit du même processus pour un pays. Qu'est-ce que l'identité d'un pays si ce n'est celle que nous construisons tous les jours ?

Un très bon livre qui analyse très bien cette notion "d'identité nationale", et en montre tout le caractère absurde: A quoi sert l'identité nationale? par Gérard Noiriel, éditions Agone, collection Passé/Présent, Marseille, 2007.

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