samedi 9 février 2008

Paysages avec figures absentes


Je relisais quelques pages de Paysage avec des figures absentes de Jaccottet.


C'est très beau mais j'ai plus de réticence qu'il y a trois ans. Sa prose dévoile la venue de l'image, de la sensation, se méfie sans cesse des figures. Doute d'elle même, même au plus juste de la parole. Alors, lorsque je lis ces pages, j'ai le regard limité par ce recul que le poète prend avec ses propres mots, recul qui constitut d'ordinaire les coulisses de la création. Sa prose reste celle d'un de mes poètes favoris, mais je suis toujours déçue de lire une phrase juste accouplée d'une parenthèse où il se demande s'il s'agit vraiment de ce qu'il voulait dire. Bémol. Ce souci de la justesse, de la parole dépourvue d'artifice est louable. Je préfère pourtant les poètes qui gardent la réflexion de la justesse pour eux, ceci est leur cuisine intime. Je préfère ceux qui livrent une parole abrupte au risque qu'elle s'effondre. La poésie contemporaine ne cesse de constater l'échec de l'image. Les poètes ont-ils peur de se faire prendre en un quelconque piège? Celui de la poésie? Peur de l'illusion? Ne faut-il pas faire confiance à la parole? Nous pensons que l'image nuit à la vérité. Mais si aujourd'hui , dan notre monde, les images sont omniprésentes, qu'elles s'imposent à nous, ce n'est pas une raison pour rejeter l'image en poésie. Elle a sa place en poésie. Ou nous deviendrons philosophes.

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