samedi 15 mars 2008

Doclan Donnellan met en scène Troïlus et Cressida

Doclan Donnellan signe une assez belle mise en scène de Troïlus et Cressida , de William Shakespeare au théâtre des Gémeaux. Metteur en scène britannique d’origine irlandaise, Declan Donnellan a fondé à Londres en 1981 la compagnie Cheek by Jowl dont, entre autres réalisations, les représentations d’As you like it de Shakespeare avaient fait événement aux Bouffes du Nord en 1995. De 1989 à 1997, il a été également directeur associé du Royal National Theatre de Londres. Il est aujourd’hui devenu, suivant l’exemple de Peter Brook, l’un des metteurs en scène anglais les plus connus à l’étranger.
Le metteur en scène revient donc avec une pièce mal connue de Shakespeare. Elle évoque la guerre de Troie et notamment les amours de Troïlus pour Cressida aux bras de Diomède. Troïlus réussi à conquérir Cressida qui lui fait serment de fidélité. Mais cette dernière est livrée aux grecs en échange d'un prisonnier troyen, malgré elle. Là-bas, elle trahira son serment de fidélité.
Le surtitrage en anglais rend la mise en scène un peu rude pour ceux qui ne connaissent vraiment pas le texte. Mais la diction est superbe : mieux vaut un beau texte dont la chair est mise en relief, un texte vivant, dont on sens le poul et le grain de peau qu'une traduction française plate. Le dispositif scénique cher à Donnellan : une scène au centre avec une opposition frontale entre les spectateurs. La scène se déroule au milieu, sur ce chemin qui est tour à tour pièce, champ de bataille, voie de défilé (de mode ou militaire)... On sera moins déçus qu'aux bouffes du Nord où il a récemment présenté Andromaque. Alors que nous n'entendions pas Racine, cette mise en scène sert indéniablement la langue de Shakespeare. Le dispositif scénique sert assez bien le propos bien que je ne sois pas totalement convaincue. Cette scène centrale ne m'a absolument pas gênée (là est peut-être le problème) et il me semble avoir regardé le spectacle comme s'il était sur une scène frontale. Mais la proximité avec les acteurs est vraiment réussie. Pour s'en convaincre, on a envie de revoir le spectacle de l'autre côté pour le voir sous un autre point de vue. Là est peut-être l'intelligence du spectacle : nous, spectateurs, avons un point de vue sur cette guerre, sur ces amours, au moins un point de vue physique. Les entrées et les sorties ponctuent le tragique et le comique des situations. Car Donnellan a réussi à rendre l'essentiel de l'esprit de Shakespeare, cette audace, cette amour de la vie qui rend le tragique comique, et le comique tragique. Le mouvement est le maître mot de la pièce. Va et vient, ceux de l'amour, ceux de la guerre. Poésie et dérision mêlées. La variété des costumes provoque toutes les associations possibles chez le spectateur: les guerriers troyens et grecs évoquent pour certains des guérilleros, des chefs de milice africaine, des soldats allemands, anglais d'il y a quarante ans, des militaires contemporains, des manifestants de rue en Irlande... Multiples références, large propos résolument moderne.

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