vendredi 28 mars 2008

Journal du regard, Bernard Noël


Publié en 1988 chez P.O.L, le journal du regard retrace une réflexion qui s'étale sur plusieurs années de Bernard Noël sur le regard, le visible, l'image. C'est un thème qui lui est cher et qui rejoint sa très belle préface au beau livre de Zao Wou-ki. Le poète s'interroge sur les rapports de qu'entretient notre regard avec le monde. Il ne prétend donner aucune réponse. Le laconisme des affirmations vise plutôt à faire réfléchir le lecteur. La question du regard rejoint celle de l'image, de la vision, de la peinture, de l'écriture, du geste et de la pensée. La lecture de ce texte est agréable parce qu'elle permet au lecteur de naviguer librement entre les réflexions, le propos est en effet fragmentaire et disposé sous forme de notes. La lecture appelle d'innombrables questions, chaque phrase nécessiterait un long développement. Bernard Noël pose en tout cas les jalons d'une profonde recherche, révèle les contradictions. Il évoque le regard comme cet espace médian entre nous et le monde, comme on pourrait le dire de la peau. Le regard, paroi de l'extérieur et de l'intérieur. D'où toutes les complexités qui découlent des activités artistiques comme la peinture: le tableau est un signe et un corps en même temps. L'image se contemple et se comprend, appelle un voir et un savoir. Le regard voit l'évidence, et lit ce qu'il voit. Une chose est sûre, il ne faut pas sous-estimer le pouvoir des images et du regard.

Le regard est porteur de sens, par lui nous construisons le monde. Il engendre, crée. Il nous faut donc l'apprendre, le préserver, l'améliorer. Il n'importe pas que de savoir faire, il importe surtout de savoir regarder qui est le fondement de toute action, de toute conception et construction du monde. Cette nécessité ne vaut pas que pour l'artiste, elle vaut pour tout homme désireux d'enchanter le réel en ne s'en détournant pas, par un vrai regard qui se déprend à la fois des illusions, et qui s'éprend de la vérité. Car le regard est lui aussi, geste et espace sensible. Parce que le regard travaille et surtout, touche.

1 commentaire:

Tapages a dit…

Bel article pour un beau livre
merci pour ces découvertes