dimanche 23 mars 2008

L'école des Femmes, mise en scène Jean-Pierre Vincent



J'ai vu hier la mise en scène de L'Ecole des Femmes par Jean-Pierre Vincent au théâtre de l'Odéon. Une soirée très distrayante avec de très bons acteurs, mais une mise en scène pas totalement assumée, qui reste confortable et qui ne renouvèle pas vraiment la comédie de Molière. Commençons par les défauts et terminons par les compliments. Défauts évidents: de bonnes idées qui ne sont pas creusées. On a donc l'impression que le metteur en scène n'a pas su choisir. Toute la pièce est gâchée par cette hésitation constante entre la franche innovation, le franc creusement du personnage, et le confort de se reposer sur du connu. La première scène ennuie: les deux acteurs discutent immobiles sur le devant de la scène avec son rideau moderne aux couleurs gaies. Premier étonnement qui ne semble répondre à aucune nécessité scénique précise, si ce n'est celle de cacher le décor. Le décor, parlons-en! un décor haut, un peu trop. On a déjà vu des mises en scène de l'école des femmes avec la haute tour où est enfermée Agnès. Le problème est que Jean-Pierre Vincent ne s'en sert justement que comme décor, sans l'utiliser une seule fois. Le volet reste fermé, et fini même par disparaître pour le spectateur. La pièce est ponctuée par les entrées et les sorties d'Agnès plus que par ses sorties autorisées et ses enfermements forcés. JP Vincent a eu la bonne idée de faire un décor tournant qui permet aux acteurs de jouer autour d'un seul et même lieu, place de tous les quiproquos. La scène tourne, nous cachant toujours ce qui était visible avant, alterne entre le grand jour et le secret. Mais encore une fois, il ne s'en sert pas assez. Il semble avoir conçu un décor qui tourne pour de simples facilités techniques. Dommage encore. Le décor est alors lourd et envahissant, un peu moins aurait suffi, puisqu'il n'apportait pas grand chose aux personnages. Et cerise sur le gâteau: le décor est en carton-pâte! Enfin, le confort du décor est en contradiction avec le propos de la pièce. Cela est lié au fait qu'il ne s'agit pas d'un théâtre très physique: peu de jeu sur les corps, peu de beauté dans la gestuelle, uniquement sur les mimiques. Il est vrai que JP Vincent a pris le parti pris du grotesque pour les personnages. Mais sans l'assumer jusqu'au bout.




Les effets de Daniel Auteuil restent très drôles cependant. Cela a au moins le mérite De nous faire rire d'une situation tragique. De nous faire rire tout en nous laissant percevoir le déespoir d'Arnolphe. Même chose avec Agnès dont l'ingénuité reste enveloppée de froideur, faisant par là-même sentir au spectateur que son ignorance se transformera en "vengeance". Le plus contestable est le choix de faire entrer Arnolphe en connivence avec les spectateurs. Cela contribue au moins à nous le rendre plus proche, à rendre familier son ridicule. Néanmoins, cette complicité n'est pas poussée jusqu'au bout, c'est-à-dire ne nous fait pas réfléchir, juste rire. Même l'utilisation du vers est contradictoire. L'alexandrin est complètement défait, démantibulé, certains diront "massacré". Le choix serait judicieux s'il nous permettait d'entendre le texte: le procédé marche tout à fait avec Lyn thibault qui joue Agnès avec une innocence complète et une diction géniale. En revanche, nous entendons moins le propos avec Daniel Auteuil. C'est ce que l'on pourrait reprocher à cette mise en scène qui semble fondée sur de très bonnes idées mais dont on a pas tiré tout le suc. Toujours entre modernité (le vers, le décor) et la tradition; ce qui fait que l'on ne sait pas très bien où l'on va. La pièce est cependant drôle et rythmée. La mise en scène a une qualité certaine: le parti-pris du rire qui est à mon sens beaucoup plus profond que celui du tragique pour un personnage comme Arnolphe.


Un spectacle agréable mais qui manque considérablement d'invention: malgré les belles dorures de l'Odéon, malgré de très grands acteurs très connus, malgré, malgré, malgré tout cela la sauce ne prend pas totalement. Je n'aurais pas été touchée par la grâce théâtrale. Il ne suffisait pas de plonger un orteil timide dans l'univers de la farce...

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