lundi 7 avril 2008

Et si tout était politique...

On a entendu que les manifestations contre le passage de la flamme olympique à Paris "profitaient d'une fête", " moment de fête populaire", "contrariaient l'esprit des jeux". Il est évident qu'il ne faut pas tomber dans le piège du donneur de leçons comme on tendance à le faire les pays occidentaux. Dans le même temps, c'est un tort de brandir l'argument des valeurs olympiques pour décrédibiliser les réactions contre le passage de la flamme : sous prétexte qu'il s'agit d'un moment universaliste, il faudrait s'adresser autrement à la Chine et au gouvernement. Cela est impossible: une action revendicatrice passe obligatoirement par du visible, et il est évident que les jeux olympiques soient l'occasion de manifester sa colère. C'est l'occasion idéale. Si l'on ne peut que souhaiter l'autonomie du Tibet dont la culture disparaît, il est important que ce combat qui avant 2008 ne mobilisait que très peu de gens (conflit qui dure depuis longtemps pourtant), perdure après les Jeux. Que les Jeux soient l'occasion de porter sur la scène internationale une question importante. Que le fait d'être partenaire économique avec un pays soit l'occasion de discuter, bref, que la démocratie libérale montre qu'elle parvient à avancer sur un terrain autre que politique. Elle qui prétend faire progresser les droits de l'homme par les armes dans des pays considérés et désignés comme dangereux, serait-elle capable de le faire sur un autre terrain. Si l'on dénonce l'absence de démocratie chinoise, interrogeons nous sur les limites de la nôtre. On peut s'interroger sur notre bien-pensance (n'est-ce que cela? je ne sais pas), sur notre capacité à moraliser l'autre sans nous regarder. Mais on peut se réjouir des manifestations en faveur du Tibet. Il ne s'agit pas de mélanger le sport et la politique, il s'agit de montrer que la flamme brûle hypocritement. Hypocrisie aussi de dire qu'il ne faut pas protester en prenant pour moyen les réactions contre le sport. Tout est politique et les jeux olympiques l'ont toujours été (on nous dit aujourd'hui qu'il ne s'agit que de sport, ce qui n'a jamais été le cas). La charte olympique même porte un propos politique. Nombre de fêtes et de divertissements dans notre monde (naguère, jadis et aujourd'hui) font souvent écran au politique en prétextant en être coupés. Le refus de complaisance vis-à-vis de la Chine peut passer par les luttes que nous avons vues cet après-midi et les jours précédents. Parce qu'une lutte passe par des moyens qui la rendent visible. La politique a son lieu partout (y compris en milieu scolaire à mon avis, mais ceci est discutable. Une anecdote de ces derniers jours: certains professeurs ont dit aux élèves qui manifestaient devant le lycée de Montrouge que ce n'était pas leur place et qu'ils étaient "au lycée pour travailler"), et il ne faudrait pas qu'elle se laisse réduire son champ d'action. Certains sportifs étaient remontés de n'avoir pu porter la flamme, ils disent "ne pas comprendre" le fait que les manifestants "se servent des politiques". Encore une fois, l'argument est fallacieux: le politique fut toujours au coeur du sport. Et avant de dénoncer une instrumentalisation des sportifs, ceux-là même devraient s'interroger sur toutes les marques qu'ils portent sur leurs maillots : où est l'instrumentalisation ? L'expression politique a son droit même dans le sport, ne la laissons pas se faire cloisonner par des arguments de défense d'un symbole. Aujourd'hui, ceux qui manifestaient furent ceux qui portaient le plus les valeurs de la flamme olympique, la valeur de la fraternité, la grande oubliée de notre devise nationale.

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