samedi 12 avril 2008

L'orgasme en occident, par Robert Muchembled


A lire absolument, cette histoire du plaisir du XVI° siècle à nos jours. Et surtout, l'avantage du livre est de ne pas caricaturer le progrès fait en matière de sexualité: libération sexuelle, reconnaisance du plaisir féminin. Il fait aussi réfléchir sur les excès de notre temps: individualisme, dictature du plaisir...
On y parle aussi des livres. Car la littérature a parlé du plaisir et du corps de mille manières. Je n'ai pas pu m'empêcher de choisir quelques textes à lire ou relire, seul à à deux.
"Déjà elle est sur lui. Il sent avec effroi qu'une femme l'enlace dans une fougueuse étreinte mais dénuée cependant de toute violence. Un corps doux et tiède se presse ardemment contre le sien. Une main caresse ses cheveux d'un geste rapide et lui rejette la tête en arrière. Il défaille en sentant sur sa bouche un fruit entrouvert qu'il ne connaît pas, des lèvres frémissantes qui boivent les siennes. [...] Hésitant, incertain de ce qu'il doit faire, il enserre dans ses bras le corps inconnu; soudain il le presse avec ivresse contre lui. Ses mains glissent avidement le long des formes délicates, s'arrêtent et se retirent en tremblant, pour recommencer plus fiévreuses et plus audacieuses. Toujours plus collé, pâmé déjà, le délicieux fardeau repose maintenant de tout son poids sur sa poitrine qui s'y prête."
Conte crépusculaire, Stéfan Zweig, livre de poche, pp. 95-96.
"Je pense à Jean. Je l'imagine en train de m'hypnotiser. Je suis allongée sur la couverture rouge du lit de Jean, sur la peau de renne. Jean m'hypnotise, mais passe ses doigts entre mes cuisses, doucement, très doucement. Les doigts de Jean m'excitent. L'orgasme monte, me secoue par deux fois. je m'endors".
Journal de l'amour, Anaïs Nin, Classiques Modernes, la pochothèque, p. 1158.
"Soudain Jeanne eut une inspiration d'amour. Elle emplit sa bouche du clair liquide, et, les joues gonflées comme des outres, fit comprendre à Julien que, lèvre à lèvre, elle voulait le désaltérer.
Il tendit sa gorge, souriant, la tête en arrière, les bras ouverts; et il but d'un trait à cette source de chair vive qui lui versa dans les entrailles un désir enflammé.
Jeanne s'appuyait sur lui avec une tendresse inusitée; son coeur palpitait; ses reins se soulevaient; ses yeux semblaient amollis, trempés d'eau. Elle murmura tout bas: "Julien... je t'aime!" et, l'attirant à son tour, elle se renversa et cacha dans ses mains son visage empourpré de honte.
Il s'abattit sur elle, l'étreignant avec emportement. Elle haletait dans une attente énervée; et tout à coup elle poussa un cri, frappée, comme de la foudre, par la sensation qu'elle appelait."
Une vie, Maupassant, Classique Hachette, p. 84.
"lle juge torturants les jets de soleil – en éventail – qui se succèdent sous sa main d'homme. « Sait-il qu'en moi, on le supplie de venir ?... Son désir flambe, je le vois… beau comme un obélisque… Je ne peux pas… brandir le mien : il se retourne contre moi, s'y enracine… Renfonce en moi la vie !... Renfonce le soleil !... »A-t-il conscience que sa main fait office de miroir, de prisme, sur lesquels le désir au féminin vient se réfléchir, se réfracter ? Pour l'heure, il est tout entier requis par une sensation de consistance diverse, mobile : sous les mailles rompues de la toison, cela tient du bourgeonnement et de l'éclosion, de la défloraison encore d'une fleur grasse – bilabiée ! Ne cessant d'éprouver la convenance entre pubis et talon de la main, il infuse l'avidité et le prurit à doigts inquisitifs – et il voit bien qu'elle pantelle quand glisse et roule une nodosité sur le rebord de l'abrupt, entre muqueuse et cartilage.Elle pantelle de ce désir inverse et térébrant qui fait son gîte en elle et sur quoi elle est sans prise. Et son bassin, qui se porte en avant puis se rejette en arrière, dit l'exaspération d'être à soi son propre piège et de nourrir son tourment de chaque sursaut.Crier… Qu'il ferait bon crier sans retenue, avec la véhémence de la mer, jusqu'à s'en dépenailler ; mais la réserve l'emporte et elle se borne à gémir ainsi qu'on essaie, par une manière de mélopée, d'endormir sa douleur. « Je suis en larmes… et chaude, chaude… et bien et mal… Ravage-moi, délivre-moi… Toi tu le peux… S'il te plaît, viens !... Je te dirai à l'oreille combien je t'aime. »
Marées, François Solesmes.

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