lundi 7 avril 2008

quand la santé publique peut nuire gravement à la santé...

Le texte mis en scène par jean-Michel Rabeux est court (cinquante minutes), mais dense, propose une réflexion intéressante sur les certitudes scientifiques ou médicales (et l'on pourrait étendre cette critique à toutes les formes de certitudes, de règles imposées de l'extérieure dans le domaine moral, philosophique, culturel).
Le propos est celui du docteur Zacambo qui au XIX° siècle soignait de jeunes filles contre l'onanisme considéré comme dangereux, voire mortel. Pour cela, il sera prêt à tout, même à faire violence aux jeunes filles.
Le propos peut sembler marginal et anecdotique. Il n'en est rien. Le texte pose le problème de cette certitude qu'une chose est mauvaise pour notre santé ou notre bonheur. Le corps scientifique se donne ainsi le droit d'agir, de légiférer même, sur notre corps, sur son usage. Car il ne faut pas lire et entendre le propos comme celui d'un temps obscur où la liberté n'était pas permise contrairement à nous, hommes libres et démocrates. Au contraire, il faut entendre une chose: que nous vivons dans un monde destiné à être de plus en plus propre, de plus en plus efficace, de plus en plus productif, de plus en plus aseptisé. La contrainte, l'uniformisation passent avant tout par le corps, et non par le mental. La société actuelle est fondée sur un principe: elle sait mieux que nous ce qui est bon pour nous, elle sait mieux que nous ce qu'il nous faut pour être heureux et en bonne santé. Méfions-nous de ce qui peut aussi se cacher derrière la "santé publique" qui n'a pas qu pour objectif de faire des citoyens sains. Notre corps nous appartient-il autant que nous le croyons en 2008? me suis-je demandée alors. La réponse est bien évidemment négative. "L'opéra thérapeutique" mis en scène par Pierre Letessier au Lucernaire l'an passé pointait déjà ce problème, dans une mise en scène drôle et légère. Cela n'est pas un hasard. Notre époque est une époque faite de violence, violence faite à notre corps avant tout, sans même que nous nous en rendions compte parfois. Le corps encore et toujours à conquérir...
(On peut aller voir à ce sujet "le blog du corps" dans la liste de mes blogs, qui traite de cette question, mais aussi de la place qui lui est accordé dans tous les domaines, de l'esthétique au politique)

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