vendredi 23 mai 2008

Les Poètes du Tango

Un très beau recueil (Poésie/Gallimard, 2006) qui danse la tristesse, la joie, la gravité, la légèreté. Les textes sont vivants, parce qu'ils respirent encore, parce qu'ils ne sont que des versions parmi d'autres tangos, des passages, des traversées langoureuses, nostalgiques, distantes ou ardentes de la vie. Les textes soulignent l'évolution de cette danse et toutes ses teintes. J'aime cette parole quoi n'a rien d'euphorique mais chante l'absence, la perte, chante la gravité malgré tout et l'allège, un peu. A chacun son tango. A chacun sa larme dans la gorge et dans le pas. En voici une:

"Amertume" (Amargura, 1934)






Sa bouche qui riait me poursuit, implacable;
ce cruel souvenir hante mes insomnies.
J'ai vu, de mes yeux vu, comme elle leur offrait
la chaleur de ses lèvres, rouges comme un oeillet.


[...]


Souffrant et abattu, ma vieille blessure saigne,
buvons encore un coup, et oublions!


Mais ces profondes peines d'amour et de désillusion
tels le chiendent sont dures à tuer.


Au fond de mon verre son image m'obsède;
c'est comme une condamnation qui s'obstine dans son
rire;
coquette, impitoyable, sa bouche m'emprisonne;
elle rira jusqu'à ma mort, l'ingrate, dans le verre.




(Alfredo Le Pera et Carlos Gardel.)

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