lundi 5 mai 2008

l'histoire du verbe "aponicher"

Voilà des dizaines et des dizaines d'années que tous les membres de ma famille maternelle utilisent le verbe "s'aponicher" pour dire qu'un chat s'accroupit. Nous avons toujours cru qu'il s'agissait là d'une expression familiale: très parlante, on ne la trouve pas systématiquement dans le dictionnaire. Il y a quelques temps de cela, en lisant la Terre de Zola, je tombe sur ce verbe, au détour d'une longue phrase. Il s'agit en fait d'une expression assez large, qui désigne le fait de s'accroupir, de se mettre dans un coin en se blottissant (viendrait de poner, pouner: pondre),(comme dans le roman), expression dialectale de l'ouest et du centre. C'est quelque chose de très émouvant de se retrouver face à sa propre histoire au cours d'une lecture, par un seul mot, par hasard. "Aponicher" n'est plus une invention familiale, c'est la marque de l'histoire d'ancêtres qui ont vécu du côté de Chartres il y a plus d'un siècle, et dont le roman illustre peut-être la vie, qui tout à coup semble moins lointaine de la mienne! C'est en plus un très beau verbe, voyez plutôt: "des ménagères blanchissent elles-mêmes leur linge, aponichées devant leur baquet mousseux" (1883, Le Pavé, Richepin).
"S'aponicher, ou mettre le derrière contre terre, les genoux ployés, les pieds appuyés sur terre."
Quand la littérature rejoint l'histoire familiale, on comprend encore plus comment la langue est une matière pleine de surprises, de ressources et de leçons.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

un très joli verbe en effet, qui mériterait de refaire surface tant il est chargé de poésie et qu'il a révélé toute sa force en dévoilant son mystére au hasard d'une phrase, il était comme une ombre, comme un secret de famille le-voilà majestueux tout prêt de... se lever!

Lysiane a dit…

merci pour ce joli commentaire.

mamynova92 a dit…

J'ai toujours entendu et utilisé ce mot dans la famille, mais je croyais que c'était du vocabulaire "maison". Lorsque j'étais au collège (ça ne date pas d'hier) j'avais utilisé ce terme et une de mes profs m'avait gentiment expliqué que ce mot n'existait pas, et que ce n'était pas français. Ah chouette alors, ça existe ! Quelle réhabilitation pour ce mot ancien ! Pour info, nous utilisions aussi un synonyme : "faire ponne"... mais là, cela ne doit pas exister ! Quoique...

quetzal a dit…

C'est tout naturel...