samedi 2 août 2008

Qui seront les enseignants de demain?


En cette période de rentrée, le gouvernement prépare plutôt discrètement un nouvelle réforme des concours de l’enseignement pour les années à venir. Il s’agirait d’élever le niveau des professeurs à bac + 5 pour former de meilleurs professeurs. Mais les implications de ce projet dépassent largement la question des compétences des professeurs. les risques de la réforme prévue ? Une diminution sensible du nombre de postes et la réorganisation des formations de recherche en années de préparation aux concours.
PARIS, 2 juin 2008 (AFP) : Nicolas Sarkozy a annoncé lundi l’intégration des différents concours d’enseignants au cursus universitaire et précisé que deux "nouveaux concours" seraient "mis en place dès la session 2010" pour tout titulaire d’un master. "Je souhaite que l’enseignant de demain soit mieux formé, que la durée de ses études soit allongée d’un an. Je souhaite en outre que la place des universités dans cette formation soit pleinement reconnue", a affirmé le chef de l’Etat, devant les cadres de l’Education et de l’Enseignement supérieur. Pour le chef de l’Etat, "c’est quand même une idée curieuse" de ne pas "former les enseignants dans nos universités". "Nous avons décidé, avec Xavier Darcos, que les différents concours (professeurs des écoles, Capes, agrégation) puissent être intégrés au cursus universitaire, et soient ouverts à tout titulaire, ou tout futur titulaire d’un +master 2+. En échange de cette année d’études supplémentaire nous nous engageons à ce que les débuts de carrières soient revalorisés".
Le chef de l’état fait encore une fois appel au "bon sens" des français en faisant ouvertement croire que étudier plus ce sera gagner plus et enseigner mieux. Les faits démontrent pourtant que les professeurs ont un bon niveau, niveau qu’ils ne mettent pas totalement à profit dans l’exercice concret de leur métier. Faire croire que les enseignants ne sont pas assez bien formés est un mensonge. C’est partir du principe que le niveau des élèves est dû au mauvais niveau des professeurs. Plus de professeurs mieux formés ? Non, recruter à bac + 5 aura pour conséquence de recruter moins de professeurs : tous les élèves n’ont pas les moyens d’aller jusque là.
Cette réforme sera un moyen (à peine) caché pour qu’il n’y ait plus de préparation spécifique aux concours. Il faudra que les universités soient " au niveau". C’est déjà compromettre l’égalité des chances au concours que de laisser chaque université se débrouiller. Il est hypocrite de dire "il est curieux que les enseignants ne soient pas formés dans nos universités" : que sont alors, les années de licence de l’étudiant ? Il serait utile de rappeler que beaucoup de futurs étudiants ont une formation universitaire et ne passent pas par l’IUFM.
Enfin, il se pose le très gros problème de la recherche. Selon les défenseurs du projet, cela permettrait aux futurs enseignants de s’initier à la recherche. Cet argument est contradictoire avec l’idée de former des enseignants plus efficaces sur le terrain, et il n’est destiné qu’à faire avaler la pilule aux étudiants. Comment est-il concevable que les masters actuels resteront axés sur la recherche s’ils sont censés préparer les élèves aux concours de l’enseignement, concours qui nécessitent une préparation bien spécifique ?
Pour nous consoler on peut souligner la contrepartie offerte : "une revalorisation du début de carrière". Du début, bien entendu, il ne faudrait pas espérer une revalorisation des salaires. Un meilleur salaire pour enseigner plus ou pour enseigner mieux ? la question est ouverte...
Le sarkozysme serait-il l’allié de l’ignorance ?

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