vendredi 14 août 2009

Le dernier récital




C'était le 7 octobre 2007 au théâtre de l'Odéon, à Paris. Les voix de Mahmoud Darwich et de Didier Sandre entremêlées le temps d'un récital, rythmées par quelques mélodies au luth.


Cet enregistrement est une perle car il couronne le parcours d'un homme qui s'éteindra peu de temps après. Un ultime chant et un ultime don. Ce récital est la preuve que le poète au XXIème peut être un homme qui excède le cercle des littérateurs et parler aux hommes.


La lecture est un exercice de haute voltige. La voix de Didier Sandre ne séduira pas tout le monde. On peut, par exemple, être heurté par certaines attaques rapides, parfois un peu brusques, des premiers vers lus comme des entrées en matière explicatives. Mais l'émotion juste est souvent au rendez-vous et Didier Sandre livre son interprétation avec talent. La voix tremble, vibre à certains moments; derrière l'assurance perce une fragilité, parfois même une note légère ou humoristique.


Ce récital est un véritable exercice d'équilibriste parce que la voix du poète et celle de son porte parole, le texte original et sa traduction, doivent se compléter, trouver une connivence, une manière d'être ensemble. Le texte est donc lu deux fois : Mahmoud Darwich et Didier Sandre ont réussi ce pari de faire vivre ensemble des textes jumeaux et en même temps très différents, de faire sentir leur parenté sans faire du texte traduit le meilleur calque possible du texte original. Cette parenté essentielle est celle du rythme, commun aux deux lecteurs. Deux langues pour une mesure.


A l'écoute de ce récital, j'en suis venue à penser que tout poète devrait avoir la générosité de dire ses textes à haute voix, que le poème ne se suffit pas à lui-même. C'est peut-être ce qui manque aux poèmes contemporains, ils se sont rapprochés de la peinture, et du geste et ils ont laissés la voix, le grain. Mais le poème appelle une voix, une vibration, des interprétations singulières. Pour Mahmoud Darwich, le poème est une partition dont chacun peut devenir l'interprète.

1 commentaire:

Petit Poucet rêveur a dit…

"Mais le poème appelle une voix, une vibration, des interprétations singulières." Je partage votre point de vue sur la mise en voix, pas seulement pour les poèmes d'ailleurs.
Ce récital devait être magnifique...
Bonne soirée, Lysiane.