vendredi 4 septembre 2009

Le silence de Rimbaud


Comment élucider le poète, surtout lorsqu'il s'appelle Arthur Rimbaud ? Salah Stétié s'attelle à cette tâche impossible dans Rimbaud d'Aden. Pour approcher au plus près le poète, il prend un chemin détourné, celui du lieu. Michon parle du fils, Stétié de l'Aden, ce désert de l'exil pour l'homme qui tourne définitivement le dos à la poésie. Et c'est précisément dans cet envers que Stétié éclaire l'oeuvre de Rimbaud. Ce petit livre interroge le poète, relie la soif d'absolu du jeune homme de dix-sept ans, son échec et le désir "d'étreindre la réalité rugueuse".

Stétié, poétiquement, souligne que celui qui ne fait plus de littérature parle de celui qui en a fait:

"Il est, ce désert, paradoxal trop-plein qui tenta notre Rimbaud d'Aden, quêteur d'essence par excellence et qui, après l' avoir souvent rêvé et convoité, en fit l'irrécusable lieu/formule, le substitut de son poème et l renversement de son dit puis, le moment venu, l'instrument de sa passion et de sa mort." (p.33)


Une approche brève d'un écrivain sans partage. Ce qu'il nous dit de Rimbaud reste une leçon pour ceux qui le suivent et le suivront. Stétié n'oppose pas les deux périodes de la vie de Rimbaud, ne renvoie pas dos à dos le poète et le réaliste. Il montre au contraire à quel point ces deux "phases" ne sont que l'envers et l'endroit d'un même désir et d'un même échec. Après la poésie, le désert et le mouvement incessant du voyage: "il est là pour se déshabiller d'un rêve". (p.15)


Rimbaud d'Aden, Salah Stétié, Fata Morgana, 2004

9 commentaires:

Carole a dit…

Je lis votre billet en m'exclamant ! et oui parce que je lis Rimbaud régulièrement et je suis totalement démunie face à ce mystère ! Je me dis : existe t-il quelqu'un au monde capable de comprendre cette poésie. Ce matin en allant chercher le pain je me faisais cette réflexion et là : boum... Rimbaud sur votre blog. Comme quoi dans la vie, il existe de petits événements
insignifiants mais totalement extraordinaires.

brigitte giarud a dit…

De lien en lien, j'arrive sur votre blog. je le mets en lien sur le mien "Rimbaud le fils" de Pierre Michon m'avait enchantée, oui. Puis il y a des petites ironies.... Bonne journée à vous. Je vous invite à passer chez moi quand vous le souhaiterez.

brigitte giraud a dit…

Je vais vite, trop vite...

Bérénice a dit…

Waow ! Je sens que je vais adorer ici !
A bientôt

Lysiane Rakotoson a dit…

Je suis passée chez vous Brigitte, et j'ai ajouté un lien vers votre site que j'ai parcouru, pas assez encore...

Nicolas Vasse a dit…

très bel article, et si juste, comment séparer en deux un poète parce qu'il n'écrit plus...il y a tant de façons d'être poète.

(je vous ai ajouté comme amie sur facebook, bon voyage :) )

Petit Poucet rêveur a dit…

Bonsoir,
J'arrive de chez Carole, je fais un petit tour chez les "Passeurs"...
J'aime beaucoup la photo quand on arrive dans votre univers. J'ai lu
"Le double Rimbaud" mais je ne connais pas celui-ci...A découvrir.
" Il est là pour se déshabiller d'un rêve." Cette phrase me séduit et me terrifie à la fois...

Raphaël Zacharie de IZARRA a dit…

PHOTO DE RIMBAUD : JE SUIS L'AUTEUR DE CETTE NOUVELLE MYSTIFICATION

Je constate que certains journalistes sont plus avisés que d'autres. J'ai eu l'heureuse surprise de dénicher un article de Jacques Quentin http://fauxrimbaud.blogspot.com/ qui parle de moi avec grande lucidité... Je trouve fort flatteur qu'un journaliste (de province) un peu plus futé que les autres ait l'audace d'avancer une thèse fort pertinente à propos de cette nouvelle "découverte", à savoir que je serais l'auteur d'une énième farce médiatique à base d'Arthur ... Il faut dire que ce Jacques Quentin connaît bien son gibier : c'est à ma connaissance le seul qui a dénoncé en toutes lettres et sans la moindre ambigüité l'énorme plaisanterie izarrienne au sujet du "Rêve de Bismarck". C'était en avril 2008.

Cette fois je n'ai même pas eu besoin d'aller répandre des alarmes sur la toile en expliquant que je suis effectivement l'auteur d'un nouveau coup monté concernant cette photo : ce journaliste provincial à la tête froide s'en est chargé à ma place... C'est dire la profondeur de ses intuitions ! Il est vrai qu'il connaît bien son cher IZARRA, mystificateur obsessionnel à but strictement égocentrique : il ne me fait aucun cadeau quand il s'agit de me disséquer de sa plume tranchante comme la vérité, me sachant sur ce point aussi avare de pincettes à l'égard des exégètes crédules que je m'amuse à faire braire avec mes espiègleries rimbalesques de qualité quasi professionnelle répandues à grande échelle médiatique...

Mes détracteurs apprécieront.

Raphaël Zacharie de IZARRA

Raphaël Zacharie de IZARRA a dit…

L'article de Jacques Quentin à mon sujet :

LES DESSOUS DE LA PHOTO DE RIMBAUD : IZARRIMBAUD ?

Elle lui ressemblait comme une fille peut ressembler à son père.

Avec la bonne foi, la sincérité de son âme entière, de son coeur franc (fatalement lucides), le public ne s'y était pas trompé. La France était convaincue !

Sauf que les tests ADN avaient rendu leur verdict, pétrifiant : désaccord génétique total et définitif entre la fille et son prétendu géniteur.

La douche froide.

Qui ne se souvient pas de cette douloureuse affaire Aurore Drossard, fille imaginaire de Montand ? La leçon, authentique cas d'école, doit nous inciter à adopter à l'avenir la plus extrême prudence dans ce genre d'information où la subjectivité peut brouiller les pistes les mieux balisées.

Or, avec le dernier avatar concernant Rimbaud, nous sommes dans un processus médiatico-hystérique exactement inverse : cette fois ce sont les "spécialistes" qui, enivrés de doctes fumées, se sont eux-mêmes convaincus. Et de quoi donc me demanderez-vous ? Du pire : la mine patibulaire d'un Rimbaud aux antipodes de sa légende esthétique.

La pilule à du mal à passer chez les vrais-faux admirateurs du poète de Charleville qui, avec ce bon sens inné caractérisant les profanes et les ignorants, doutent.

La découverte de la photo date de deux ans. Troublant : à la même époque un certain Izarra criait à qui voulait l'entendre -et nul ne semblait vouloir prêter sérieusement l'oreille à ses élucubrations- qu'il était l'auteur du "Rêve de Bismarck", un autre inestimable trésor rimbaldien sauvé des rebuts d'un bouquiniste de Charleville-Mézières. Décidément, le hasard facilite bien des choses dans l'environnement de cet énigmatique Izarra...

Mais revenons à la tête de Rimbaud. Les spécialistes dont le fameux Jean-Jacques Lefrère se sont basés sur quatre de ses photos (plus ou moins nettes) déjà connues et reconnues pour établir un nouveau dogme avec cette vertigineuse certitude propres aux exégètes de leur niveau, élevés au pain blanchit. La farine universitaire a d'incontestables vertus de salubrité intellectuelle... Bref, c'est avec la même conviction, pour ne pas dire la même ferveur que le "Rêve de Bismarck" fut décrété authentique.

Rien n'est plus ressemblant à un portrait qu'un autre portrait, pour peu que le coeur s'emballe. On s'interrogera sur les méthodes employées par ces imprudents spécialistes cherchant à faire passer à la postérité le visage d'un parfait anonyme confondu avec Rimbaud sous le prétexte d'une enseigne d'hôtel en guise de (fausse) piste aux stars du Parnasse, de chasse aux mythes... Bertillonnage ? Identification judiciaire ? Tests ADN ? Les rieurs riront.

Les convictions pour le moins subjectives -autant dire hautement fantaisistes- de Jean-Jacques Lefrère et ses disciples sont une bonne gifle pour nous rappeler qu'à travers ce genre de révélation sensationnelle pleine de flou artistique lié à l'univers de Rimbaud, un Izarra peut toujours en cacher un autre.

Les érudits échaudés ajouteront : aujourd'hui plus qu'hier.

Méfiance donc.

Jacques Quentin
jacquesquentin@hotmail.fr

ARTICLE ORIGINAL : http://fauxrimbaud.blogspot.com/

Lire aussi "Rimbaud et ses faux embrouillages" : http://fauxrimbaud.blogspot.com/2008/11/rimbaud-et-ses-faux-embrouillages.html