lundi 7 décembre 2009

Les chats













Les Chats




Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires


Amis de la science et de la volupté
Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres;
L'Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin;


Leurs reins féconds sont plein d'étincelles magiques
Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.


Baudelaire, Les fleurs du mal





3 commentaires:

Mamdébile a dit…

Quel bel hommage aux sphinx de nos maisons !
Leur présence, douce, feutrée et ronronnante nous enveloppe d'une chaleur pelucheuse.
Qui a vécu avec un chat ne peut plus s'en passer !

Petit Poucet rêveur a dit…

Quel poème !
Et un chat qui veille sur les livres...

Sébastien a dit…

En contre-miaulement à ce magnifique poème de Baudelaire, celui, antilipogrammique, G. Perec.

(PS : content d'avoir aujourd'hui découvert votre blog que je rajoute à mon Netvibes)

Nos Chats

Amants brûlants d’amour, Savants aux pouls glaciaux
Nous aimons tout autant dans nos saisons du jour
Nos chats puissants mais doux, honorant nos tripots
Qui, sans nous, ont trop froid, nonobstant nos amours.

Ami du Gai Savoir, ami du doux plaisir
Un chat va sans un bruit dans un coin tout obscur
Oh Styx, tu l’aurais pris pour ton poulain futur
Si tu avais, Pluton, aux Sclavons pu l’offrir!

Il a, tout vacillant, la station d’un hautain
Mais grand sphinx somnolant au fond du Sahara
Qui paraît s’assoupir dans un oubli sans fin:

Son dos frôlant produit un influx angora
Ainsi qu’un gros diamant pur, l’or surgit, scintillant
Dans son voir nictitant divin, puis triomphant

G. Perec, La Disparition