mercredi 19 mai 2010

Toile poétique: Marc Laumonier

La poésie est une aventure solitaire mais il est possible de la faire partager : internet est une des voies qui permet de s'ouvrir au monde entier. Samedi dernier, un poète et bloggeur, Marc Laumonier faisait un bref passage dans l'émission de Sophie Nauleau, "ça rime à quoi?". Cet amoureux de poésie tient un blog où il rassemble à la fois ses propres textes et ceux des autres. Son travail est d'une très grande générosité, il affirme même que "les autres" sont plus intéressants que lui. Cette modestie et ce patient travail loin des éditeurs doivent cependant être récompensés : "frenchpeterpan" (c'est le nom du blog) contient de beaux textes qui valent la lecture, des notes poétiques d'une très grande justesse. Marc Laumonier publie l'apéritif de la neige, un recueil qui rassemble les textes publiés sur son blog. Partager ses textes sur un blog permet certes de multiplier les lecteurs, mais comme l'auteur le dit si bien lui-même, ne permet pas d'offrir le poème. Le papier permet de faire don de ce que l'on a produit. Cette aventure illustre parfaitement un des problèmes majeurs de la poésie aujourd'hui, celui de sa diffusion. Faut-il tenter de se faire publier? Faut -il livrer ses textes aux multiples routes de la toile? Travail de création solitaire et possibilité de le rendre disponible à tous sir internet: le paradoxe interroge en tout cas. Marc Laumonier prétend ne pas être un grand poète, dans ses libellés, il met le mot "poèmes" entre guillemets. Ce sont bien des poèmes sans guillemets qu'il nous donne pourtant à lire. Construire un lectorat sur internet n'est pas une chose facile, il a su le faire et c'est déjà un grand mérite. Les petits éditeurs n'ont pas les moyens de publier. Et chez les grands éditeurs, la poésie n'est pas maîtresse : il est impossible de demander à un auteur de produire une oeuvre tous les deux, trois ans. L'écriture est une expérience avec sa propre temporalité, ses propres espaces. Errance ou tourbillon, travail laborieux ou état de grâce, qu'importe, les mécanismes des circuits de consommation sont fermés aux artistes. Écrire de la poésie devient alors un véritable choix de vie, une aventure plus solitaire encore. Il faut trouver les moyens de donner à voir et à entendre par d'autres moyens. Internet est un chemin utile, une voie de passage merveilleuse. Depuis quelques années, la poésie circule aussi par ce biais-là (je parlerai bientôt de facebook et des revues de poésie que j'aime). Mais il serait dommage que le livre ne prenne pas le relais de toutes ces belles initiatives poétiques sur le web. A bon entendeur...

Le site de Marc Laumonier: http://www.frenchpeterpan.com/
L'émission de samedi "ça rime à quoi" est téléchargeable pendant une semaine: http://www.franceculture.com/podcast/1233661

3 commentaires:

frenchpeterpan a dit…

merci chère amie vous avez très bien résumé (et même parfaitement) le problème de l'édition de la poésie à ce jour ; après reste le problème de savoir si cela est bon "d'offrir" ainsi à tous ces mots et ces phrases, c'est rude ; le choix n'est pas simple ... et écrire est difficile.
merci en tout cas de vos gentillesses
marc Laumonier

Lysiane Rakotoson a dit…

Oui, c'est la raison pour laquelle je suis moi-même très réticente à l'idée de livrer des textes sur internet. Vous avez réussi à rendre lisible vos textes sans les livrer en pâture,c'est ce que j'admire: la capacité à se mettre à nue, à prendre le risque de faire sortir le texte de l'intimité à la toile sans passer nécessairement par le livre!

A bientôt,
Lysiane.

Erick J. a dit…

comment faire don effectivement du temps confidentiel ? la solitude se met-elle en .pdf ?

comment garder en vie cet "artisanat furieux" ?

@+ Erick