samedi 23 avril 2011

Michel Serres a écrit...

" Le vrai sujet de l'écriture s'agrippe à la page-muraille, escalade l'écran, engage avec eux un corps-à-corps lutteur, loyal, respectueux, familier, enchanté, amoureux... mais tel que si d'aventure il lâchait une prise ou ne la voyait pas, il volerait, pantin désarticulé, au bas de la beauté. Une page enchanteresse psalmodie le corps; la mauvaise pue la tête sèche" (Variations sur le Corps, édition du Pommier, 2002 (1999).

Voilà une remarquable réflexion de Michel Serres, qui a d'ailleurs dédié son ouvrage à ses "professeurs de gymnastique, à ses entraîneurs, à ses guides de haute montagne qui l'ont appris à penser". Il faut donc écrire comme si notre vie en dépendait, comme si nous escaladions une montagne, comme si nous grimpions, non pour atteindre le sommet, mais pour peser seconde après seconde le risque de la chute et éprouver nos limites. Grandir, c'est devenir araignée, affronter le déséquilibre tout ayant à garder un contrôle extrêmement fort sur chaque geste, chaque pas. Ecrire est une tension que l'on apprend avec la marche, la course, l'escalade car l'on y perd l'aplomb pour l'exaltation. Je conseille la lecture de cet ouvrage profond où Michel Serres semble dire: "je suis debout, donc je suis".

Référence:

Variations sur le Corps, Michel Serres, éditions du Pommier, 1999-2002


1 commentaire:

anonimo a dit…

Variations sur le Corps ou Variations sur l´Ecriture ?

Je n´ai point lu le livre, mais ce que vous en dites me fait penser à Michel Leiris qui racontait qu´on ne devait concevoir la littérature que comme une tauromachie où la menace de la corne y serait toujours présente, comme la chute libre du corps qui a lâché une prise en escalade, chez Serres.

Que votre labeur poétique soit heureuse, belle dame.