mercredi 1 juin 2011

De l' homo poeticus

C'est sous un ciel bleu, pur et profond que d'innombrables poètes et éditeurs sont venus participer à cette fête d'unanimes qu'est le Marché de la Poésie.
J'en suis revenue, comme tout un chacun, les bras chargés de livre et j'ai donné quelques signatures çà et là. J'ai, moi aussi, été un peu complice de cette manifestation parisienne unique. Il n'en existe qu'une comme celle-ci malheureusement, et c'est cette concentration temporelle et spatiale qui dénature cette rencontre littéraire.Dans ce marché, tout grouille, à la différence qu'on y vend des livres plutôt que du poisson et légumes. Personne pour crier "il est beau mon livre, il est frais", mais le geste est le même, plus hypocrite, plus sournois. Speed-dating pour poètes, vous avez trois jours pour rencontrer et faire lire votre livre, mieux le faire acheter. Je te montre, tu te montres, je te flatte, tu me flattes. Voilà le jeu enfantin et complexe du Marché de la Poésie qui n'échappe pas à ce réflexe contemporain d'adhésion et d'unanimité, qui devient un marché de l'éloge au même titre que nombre des manifestations littéraires et culturelles actuelles. Le Marché de la Poésie est le reflet d'un réseau sclérosé (et ce en dépit des outils potentiellement merveilleux à sa disposition comme facebook, twitter, les blogs...). Chacun s'affiche, congratule l'autre mais vient rarement à sa rencontre. On est plus attaché à sa figure de poète qu'à la poésie. Ce marché est en réalité un marché du "livre de poésie" et n'égale pas les festivals qui proposent des lectures et des rencontres. Le lieu ne s'y prête pas non plus: trop parisien, trop intellectuel, trop universitaire, trop microscopiquement urbain.

Le Marché de la Poésie est le reflet d'un "monde" aux mains des hommes et d'un monde ancien où la jeunesse a peu de place. Force est de constater que l'univers littéraire de la poésie, contrairement au roman ou au théâtre, laisse peu de place aux femmes et aux jeunes gens. Le Marché de la Poésie est le reflet d'un monde d'intellectuels où l'esprit de spécialiste pèse encore trop. Le Marché de la Poésie est le reflet de son époque et les poètes sont ne sont désormais ni modernes ni intempestifs.

Il est douloureux, ce catéchisme poétique suranné. Qu'il est pesant le climat de ce microcosme peu vivace malgré quelques belles énergies! Alors oui, je sors de là les bras chargés de livre, mais sans dépaysement.

La fraternité n'y est pas absente, heureusement, et tant l'on y trouve tous les défenseurs de l'édition, du livre contre les contempteurs de la poésie. 

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