samedi 11 juin 2011

Le corps de la poésie



Dans Par la fontaine de ma bouche, la poétesse syrienne Maram al-Masri livre trente-trois poèmes pour précéder l'heure de l'étreinte, trente-trois poèmes pour faire durer le désir. Trente-trois "signes" comme l'indiquent les titres. Comme si le livre était constitué d'une longue phrase,  chaque poème constituant un "signe", une trace. Mais le "signe" est aussi le geste qui montre, qui fait sens pour l'autre. Les poèmes sont donc autant de signes envoyés au lecteur. L'auteur se donne toute entière à la poésie comme en témoignent ces mots: "je te donne une bouche propre" ("signe18"), "je te donne une bouche qui mange" (signe 18), "je te donne des yeux aux pupilles ouvertes" (signe 19), "je te donne une oreille qui perçoit les voix secrètes" (signe 20). Le dernier poème du livre "je vous livre mon être" s'adresse autant à l'amant qu'au lecteur et clôt le recueil sur une confusion entre les deux. L'abandon final se fait donc aussi par la poésie. Bruno Doucey, l'éditeur, précise ainsi que le "corps à corps se fait aussi avec la poésie". L'esprit et la sensualité de Madame Bovary ou de Jeanne (Une Vie) l'habitent, mais elle les dépasse parce qu'elle est libre et fait de sa sensualité si terrestre le soutien d'une postulation plus absolue vers le ciel.

Références:

Par la fontaine de ma bouche, Maram al-Masri, éditions Bruno Doucey, 2011
Présentation de Maram al-Masri
Le blog de Maram al-Masri

2 commentaires:

Marcel Trucmuche a dit…

Merci pour cette nouvelle découverte. J'y trouve beaucoup de points communs avec votre propre poésie, Mademoiselle Rakotoson. La prégnance du corps dans la constitution des émotions, par exemple...

Sinon, c'est Camus au dessus du coquelicot ?

Lysiane Rakotoson a dit…

Oui, c'est (c'était) bien Camus, un auteur que j'aime particulièrement!