samedi 2 juillet 2011

Contre les fêtes, la poésie

"Pendant que les fonds publics s'écoulent en fêtes de fraternité, il donne une cloche de feu rose dans les nuages", Arthur Rimbaud, Illuminations

Ce "il" c'est le poète qui produit un feu d'artifice à l'intensité inégalée. Arthur Rimbaud fustigeait les fêtes de fraternité de son temps, fêtes où la dépense était reine et où l'absurdité était le Prince. Il croyait en une autre musique, celle du poète, plus fugitive, rien qu'une apparition dans le ciel, une vision créée par et dans la nature.
A quelques jours de la fête nationale, ces mots résonnent plus fort encore. La poésie est aux mains des poètes et non des vivants, du moins pas assez, et ceux-là sont abrutis et abêtis par les fêtes. Non que la fête soit toujours condamnable, mais le fait de nous imposer toujours plus l'est à coup sûr. Fête sordide de la musique dont vous constaterez les dévastateurs effets si vous travaillez tôt le lendemain matin, injonctions à festoyer pour tout et rien. Pour quoi d'ailleurs? Nous ne le savons pas vraiment. Les fêtes ne sont plus des occasions extraordinaires ni même des célébrations. Profiter, se rendre joyeux et disponible, voilà les maîtres-mots de notre siècle qui semble combattre la mélancolie et l'ombre avec des néons flashis. 


Voilà les festivals de l'été en tout genre où le citoyen grégaire vient se baigner dans la Mer de l'Unanimité. Que c'est bon et frais d'être heureux. Car le festivisme ambiant nous impose le bonheur contre la liberté.
Bientôt la fête nationale, où le Grand verni ses symboles et où le Petit se laisse emporter par une fête de lumière. En Province, on s'évertue à jouer du clairon, on admire son jeune fils qui tape deux coups de tambour et qui souffle faux dans sa trompette. A Paris, on jouit de la mystique de son défilé, de ses rengaines militaires insupportables bonnes à plaire à ceux qui croient que l'on doit prêter serment d'allégeance à un pays. Ensuite, ils iront se faire dorer la pilule sur une plage du sud de la France. La vulgarité a de drôles d'airs : on se déshabille sans jamais aller goûter à l'océan, on va admirer le feu d'artifice du champ de mars dans un élan d'apparente fraternité pour se bousculer le lendemain dans le métro. L'indifférence et l'idiotie persistent. Et pendant que les citoyens fêtent leur propre vacuité et leur asservissement à la bêtise généralisée, Rimbaud écrit sa "Fête d'Hiver":
"la cascade sonne derrière les huttes d'opéra-comique. Des girandoles prolongent, dans les vergers et les allées voisins du Méandre, - les Verts et rouges du couchant. Nymphes d'Horace coiffées au Premier Empire, - Rondes Sibériennes, Chinoises du Boucher."


Puisse un jour ces bouquets être regardés pour leur beauté même et trouver la force de fêtes sans prétextes...
"J'ai tendu les cordes de clocher à clocher; des guirlandes de fenêtre à fenêtre; des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse" (Illuminations, "Phrases II")

3 commentaires:

Marcel Trucmuche a dit…

J'approuve complètement ce constat. Fête de la musique n'est pas "faites de la musique". Célébrer la Nation n'est pas fêter la chute des murs et des prisons. On ferme des école, et Totor se remue dans son Panthéon...

Clin d'oeil aux néons flashis !

Lysiane Rakotoson a dit…

Je suis contente que l'article te plaise. Il a suscité de nombreux commentaires sur facebook (apparemment, le commentaire sur le blog même est considéré comme dangereux...).

Sinon, pour les néons flashis, je n'y avais même pas pensé. La référence était involontaire... Comme quoi, l'inconscient...

Marcel Trucmuche a dit…

Tu dis : "apparemment, le commentaire sur le blog même est considéré comme dangereux..."

... et pourtant, je suppose qu'être sur Fessebouc donne plus l'impression de s'exposer, non ?

Comme je n'ai pas de compte de cet acabit, pourrais-tu livrer ici un petit pot-pourri des commentaires que tu y as reçu ?