mardi 23 août 2011

Les Lectures sous l'arbre ou l'utopie poétique...


Le Festival des Lectures sous l'arbre 2011 a pris fin il y a quelques jours, mais j'en garde, comme mes camarades, une trace inoubliable. C'est entre la Haute-Loire et l'Ardèche que se tient ce merveilleux festival de poésie. Une semaine pleine et absolue au cours de laquelle les poètes, les artistes, les lecteurs, se retrouvent fraternellement autour d'une table, sous un arbre, d'un verre de vin, dans une yourte, sous une tonnelle, sur un chemin, dans un cinéma, dans un restaurant, dans une salle de spectacle...

L'orage arrive sur Cheyne. Photo: Lysiane Rakotoson.
 
C'est ici, sur ces terres de haute lutte, dans cet espace un peu âpre mais toujours humain, que Cheyne a bâti une rencontre poétique authentique et simple. Je ne veux pas ici faire le long récit de cette rencontre d'êtres humains à êtres humains -parmi lesquels des lecteurs passionnés, des bénévoles généreux, et aussi Jean-François Manier, Martine Melinette, Déborah Heissler, Antoine Wauters, Isabelle Damotte, Ito Naga, Sylvia Bergé, Meng Ming, le Bamboo Orchestra...et d'autres, aperçus et effleurés : Marie Cosnay, Mariette Navarro, Jean-Marie Barnaud...

Sous le chêne et le marronnier...dans la cour de Cheyne...

Les Lectures sous l'arbre sont à la fois tendres et sans compromis, exigeantes et fraternelles. Le festival est nourri par des êtres d'une grande générosité, une équipe formidable et des lecteurs fidèles. Il prouve que l'art a sa place hors de Paris, que des manifestations de qualité se jouent ailleurs qu'en Ile-de-France. Elles sont d'ailleurs nourries par un espace plus authentique, dépourvu de tout l'attirail marketing ou pseudo-intellectuel de certains lieux parisiens. Les Lectures sous l'arbre prouvent que la poésie n'est pas morte, qu'elle est de chair et d'os, loin du cynisme des exigences de croissance et de consommation. Ce que l'on s'approprie aux "Lectures sous l'arbre", ce sont le monde, la poésie, la beauté.

Petit retour en arrière.

Dimanche 14 août 2011

Arrivée à Cheyne. Je suis accueillie par l'équipe aux Airelles. Le stage auquel je participe, "Lecture à voix haute", commence l'après-midi même, avec la comédienne Sylvia Bergé
Les repas sont succulents, préparés par des bénévoles. Les discussions vont bon train. La poésie n'est pas la seule invitée de nos dialogues, fort heureusement.

Le Plateau Vivarais-Lignon...

Lundi 15 août 2011

Toute la journée est consacrée au stage de lecture à voix haute. Je ne peux pas encore assister aux diverses lectures.  Nous visitons l'atelier de Cheyne : relieuses, machines en tout genre, présentation de la typographie... Une merveille... L'on revient à du concret, du palpable. Estelle Aguelon, la nouvelle typographe, nous a expliqué avec précision et clarté comment fonctionnait les machines.
Et à l'histoire du livre s'ajoute l'histoire de la machine elle-même...
Estelle nous montre comment ils utilisent les lignes de caractère ou les caractères, l'encre... Cette pièce où nous sommes fait rêver. Assez petite, mais lumineuse, elle comporte en son centre les deux machines. Au fond, un grand comptoir rempli de plaquettes, des tiroirs et des étagères entièrement remplis de caractères plomb. De toute beauté. Le travail du typographe est artistique, manuel,  et même viscéral. 

Des plombs, des plombs... Photo: Lysiane Rakotoson.
Pour rester près des livres, il ne faut pas les commenter, il faut les faire. Faire, c'est-à-dire les écrire, mais aussi les fabriquer. Et quelle force que de vivre ici, au Chambon, par moins trente en hiver ! Comme si la poésie exigeait de naître en un lieu chargé de sens. 
Une machine à coudre...les livres. Photo: Lysiane Rakotoson
Je redécouvre là toute l'épaisseur du livre. Pour faire un livre, il faut des artistes, de l'encre, du plomb, du temps.  

Plombs. Photo: Déborah Heissler.

Le soir, nous allons voir le film "Poetry"  de Lee ChangDong au cinéma du Chambon sur Lignon, qui est cette année en partenariat avec Cheyne.

J'ai trouvé le film splendide. Il m'a touchée et traversée, malgré quelques longueurs, accentuées par mon état de fatigue. Ce film raconte comment une femme entre en poésie : par la souffrance et l'innommable. Elle doit porter deux choses : un événement extérieur (le suicide d'une jeune fille qui fut violée collectivement par six garçons dont son petit fils), et un événement plus intérieur (elle perd peu à peu la mémoire). Ce n'est pas la poésie qui lui permet de traverser ses événements, mais ces événements qu'elle prend à bras le corps qui lui permettent d'écrire. Pour écrire, semble montrer le réalisateur, il n'est pas possible de se dérober aux choses. Il faut en être, coûte que coûte.

Mardi 16 août 2011

Longue journée de lecture et de travail. Chacune des stagiaires prend de plus en plus confiance en elle. Nous apprenons à lire...
C'est le film "Bright star" de Jane Campion qui nous traverse le soir même, toujours au cinéma du Chambon-sur-Lignon.

Mercredi 17 août 2011

Marc Roger nous livre une belle interprétation des textes de Mahmoud Darwich. 
Cet après-midi là, j’ai pu enfin arpenter un peu le sol de la région. Un sol sec par endroits, mais encore accueillant à d’autres. De la mousse, des champignons, de la forêt. Beaucoup de vert et moins de pierre que dans l’Ardèche. On sent l’esprit du protestantisme dans cette région, cette austérité et cette simplicité un peu âpre. Comme en Lozère. C’est aussi une terre de résistance, une terre de haute lutte. Au loin, on aperçoit la montagne. La poésie, la montagne, la pierre, c'est comme si tout se rejoignait étrangement en moi. Peu à peu, toutes mes menues trajectoires forment une construction qui me ressemble. Je prends forme. Ou comment un festival de poésie m'a nourrie au-delà de la poésie...

Jeudi 18 août 2011

Serge Airoldi lit des extraits de la Rose de Samode, sous une petite pluie qui nous ramène vite dans l'atelier. 


Serge Airoldi

Vendredi 19 août 2011

Nous devons lire les textes des stagiaires d’écriture (mené par Marie Cosnay) , pour que les choses circulent entre les deux groupes. L’exercice est difficile parce que les textes sortent du ventre de leurs auteurs. Il est très délicat de lire des textes à leurs auteurs, d’autant que ces textes avaient été écrits dans la semaine. C’était jouer avec du sang neuf, de l’affect brut, du nerf dénudé. On touche des grands fonds lorsque l’on écrit et lorsque l’on lit.
Isabelle Damotte. Photo: Lysiane Rakotoson.
15h00. Isabelle Damotte lit des extraits de ces deux recueils dans l'après-midi. Les lectures de ce vendredi après-midi furent merveilleuses. Isabelle m’a touchée par sa lecture sensible, et très sincère. Le texte évoque la perte d’un enfant -Léopold, mort à la naissance- non du point de vue des parents, mais du point de vue de l’enfant. Cette pudeur est d’une grande justesse mais laisse affleurer le tranchant de la douleur de la mère et du père. 

16h30. Déborah Heisslerlit des extraits de Près d'eux la nuit, sous la neige et Comme un morceau d'étoffe découpé dans la nuit.

Déborah Heissler. Photo: Lysiane Rakotoson.

Samedi 20 août 2011

A midi. Buffet sous l'arbre. 
15h00. Lecture de Medhi met du rouge par David Dumortier. David Dumortier a évoqué la question des enfants marginaux en tentant de montrer à quel point ils étaient liés à la création. 

David Dumortier et Jean-Pierre Siméon. Photo: Lysiane Rakotoson.

Lecture de L'année des fleurs de Sophora par Meng Ming et Sylvia Bergé.

Meng Ming et Sylvia Bergé. Photo: Lysiane Rakotoson
L'après-midi fut marqué par  la lecture de Meng Ming, poète chinois exilé depuis 1989 pour son recueil, L’année des fleurs de sophora. Il a lu quelques poèmes en chinois pour nous faire entendre la musique du poème, et la musique de cette langue qui sonnait dans toute la cour de Cheyne. Cette langue qui finalement nous parlait sans que nous la comprenions.  Sylvia Bergé a ensuite lu des poèmes en français, avec une diction incroyable qui faisait entendre toute la force du texte. La traductrice ne fut pas laissée de côté. Emmanuelle Pechenart, qui a préfacé le texte de Meng Ming, a entamé un dialogue avec lui. Elle lui ressemble, comme si le traducteur devenait le poète par mimétisme. Elle a d’ailleurs dit qu’elle avait non pas traduit « mais écrit le texte » du poète. 
Cela m'a d'ailleurs amenée à penser qu'il faudrait accorder plus de place au traducteur dont le rôle est irremplaçable. C'est grâce à eux que la  poésie dépasse sa langue maternelle.


Dimanche 21 août 2011

Lecture du Traité des Sentiments contraires par Jean-Pierre Siméon

Jean-Pierre Siméon. Photo: Déborah Heissler.


Lecture par les stagiaires de Sylvia Bergé.

Peu de temps avant la lecture, le repos des stagiaires...


Concert de clôture par Le Bamboo Orchestra




Le Bamboo Orchestra.

Voilà l'aboutissement de l'entreprise de Jean-François Manier : il ne s'agit plus de valoriser seulement la poésie et les poètes mais de célébrer l'esprit de la poésie. Cet esprit est celui d'une humanité fraternelle, tendre, aimante, participant au monde, active. Il mêle les générations, les histoires, les trajectoires. Il gomme les hiérarchies, les apparences. Il nous rend à nous-mêmes, chose sans laquelle aucune poésie n'est possible.
A la table de la poésie... Photo : Marguerite Duchamp.

Pour finir, une petite vidéo filmée par France ", qui ne rend pas compte de l'atmosphère si particulière du festival, peut-être parce que le média ne capte pas, dans ses formes habituelles, une entreprise si humaine...









1 commentaire:

Aline Tilleul a dit…

Extraordinaire, c'est sous l'arbre qu'il faut lire, bien sûr, se réapproprier le monde !!!

http://alinetilleul.over-blog.com/article-l-idole-83037336.html