jeudi 17 novembre 2011

Le miracle Rodolphe Burger

Une alchimie parfaite s'est faite pour nos oreilles hier soir (16 novembre) au théâtre de l'Odéon. Rodolphe Burger donnait un concert étonnant autour de deux textes fondamentaux. Le premier, le Cantique des Cantiques, avait été adapté par lui pour les noces d'Alain Bashung avec Chloé Mons. Le second est le poème de Mahmoud Darwich S'envolent les colombes. C'est par un travail fin qu'il met en miroir les deux textes, accompagné de Mehdhi Haddab au oud, de Julien Perraudrau à la basse et au clavier, d'Yves Dormoy à la clarinette, et de deux chanteurs, l'un qui dit Darwich dans la langue, Rayess Bek et l'autre, la chanteuse israélienne Ruth Rosenthal. 

Le concert est un hommage double à Bashung et à Darwich. Les deux parties du spectacle sont reliées par un extrait du film de Jean-Luc Godard Notre musique où l'on entend Darwich poser des questions poétiques et politiques essentielles : la force d'un peuple jugée à l'aune de sa poésie, le statut de victime, la singularité du conflit avec Israël...

Et cela fonctionne. On entre tout de suite dans les deux textes, ils nous parviennent au rythme savamment étudié d'une musique qui s'impose progressivement. Je dis "musique", je devrais dire " création sonore", puisque le spectacle est un entrelacs de voix - en hébreu, en français, en arabe-; de tonalités - la pénombre de Burger, le murmure sensuel de Rosenthal, la profération du libanais Rayess Bek; de gestes, de cultures -la basse, la clarinette, le oud. Point d'effets trop prononcés, mais des passages de la pénombre à la lumière, du rouge au blanc. La voix de Mahmoud Darwich, aux vibrations si caractéristiques, finit par retentir dans le théâtre, par cogner les plafonds et les balcons. Mais ce n'est pas le son qui est plus fort que les murs, c'est bien la parole même qui bien qu'étrangère linguistiquement, devient compréhensible, sensible à toute oreille. Presque ensorcelée par les textes, leurs répétitions, leur force interne, j'ai pu fermer les yeux à de nombreux moments du spectacle qui possède un magnétisme sonore. 
S'envolent les colombes,
Se posent les colombes, répète t-il (1984, trad. Elias Sanbar)

et traversent ceux venus les entendre...

La soirée était dédiée à Hubert Nyssen, qui vient de nous quitter, fondateur des éditions Actes Sud et éditeur de Mahmoud Darwich. Elle s'est déroulée dans le cadre du 4ème Printemps arabe à l'Odéon.
Chemins: 


@théâtre de l'Odéon.

5 commentaires:

Frelon Vert a dit…

Bonjour,
Nous avons eu aussi la chance de voir le concert du "Cantique des cantiques" à Bruxelles en mars 2011. C'était magique. Merci pour votre note. Bonne continuation.

Frelon Vert a dit…

J'ai oublié de mettre le lien vers mon blog qui résume justement cette soirée de mars
http://allezlesverts.blogs.lalibre.be/archive/2011/03/18/darwich.html
Soirée inoubliable!

Lysiane Rakotoson a dit…

Merci pour ce lien!

Anonyme a dit…

émission très intéressante sur france culture ce dimanche soir consacrée à Rodolphe Burger et à Mahmoud Darwich .et Merci à vous pour vos billets !
jean dorizon

Lysiane Rakotoson a dit…

Merci Jean de me signaler cette émission que je vais aller écouter de ce pas! Et merci de me lire!