dimanche 8 avril 2012

La robe froissée, Maram al-Masri

C'est avec une certaine surprise que, dans son nouveau recueil, j'ai retrouvé la poète syrienne Maram al-Masri sur les terres du Nord de la France. La robe froissée est né d'une résidence en 2009 dans l'Artois. Les poèmes nés de cette résidence affleurent par leur tendresse et leur mélancolie. 

Toute la première partie du recueil est intitulé "Une femme à la fenêtre". Cette femme, qui au fil des poèmes, revient comme une figure bienveillante, observant le monde, veillant sur les enfants, pourrait bien en fait être la poète elle-même. Et que voit-elle cette femme?
Elle voit l'étroitesse de la vie d'une ville de Province en même temps que sa beauté. Ce qui défile et qui fait la matière du poème n'a rien de noble. C'est le réel, ses places, ses fêtes foraines, sa réalité économique, ses divertissements, ses ruelles.


De temps à autre, une voix vient s'immiscer dans le poème et rappelle l'implacable loi de la société ou son orgueil. Dans le poème "les lumières des manèges", Maram al-Masri décrit les objets qui attendent sur leur stand de fête foraine "le vainqueur" qui "tirera la bonne flèche" et emportera "le trophée de sa victoire". Le divertissement ici est présenté dans toute sa misère. Et l'absence même du vainqueur, l'attente d'une personne qui joue pour ces misérables objets de foire, teinte le poème de tristesse. Un autre poème joue sur cette absence rendue palpable par l'immobilité des objets. Ainsi des manègent "qui ne tournent pas", "statiques/comme un bateau sur un lac/comme si la joie n'était pas encore réveillée". 

Le contrepoint à cette mélancolie, c'est l'enfance. La poète évoque à plusieurs moments les enfants, leurs rires, leurs jeux, leur innocence. 

La légèreté ne contrebalance pas le poids du réel, comme lorsque le vendeur annonce à sa femme qu'il n'a pas vendu et qu'il vendra le peu qu'il possède. Et une voix extérieure, solennelle,  de rappeler que "la banque n'attend pas".  Nous retrouvons les vendeurs dans le poème suivant, comptant l'argent, économisant sur les fruits et légumes pour acheter du pain et des pâtes. 
La ville dépeinte par Maram al-Masri est aussi une ville qui se délabre, "entre les fenêtres fermées, des boutiques à céder, et des maisons à vendre".

Monde fragile socialement, économiquement, qui se tient debout en s'appuyant sur quelques béquilles: fêtes foraines, jeux, et finalement le chant du poète qui la réveille un temps.

"La ville du Nord
ses maisons, ses couleurs
la rouille de ses pierres
est une princesse endormie
Elle se réveillera grâce à un baiser."


La robe froissée, Maram al-Masri, Editions Bruno Doucey, 2012.


A consulter: Le blog de Maram al-Masri

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