mardi 8 mai 2012

Lire la poésie

Beaucoup critiquent la poésie contemporaine sous prétexte qu’elle serait intellectuellement compliquée. En fait, la plupart du temps, s’ils ne comprennent pas la poésie c’est qu’ils n’ont pas vu que celle-ci ne demande pas à être comprise objectivement. Le modèle scientifique lui-même a fini par contaminer les esprits dits « littéraires ». Ils pensent donc que la poésie est inaccessible parce qu’elle ne correspond pas aux outils qu’on leur a mis en main. Plutôt que de changer d’outils, ils jettent le matériau. C’est le grand drame qui fait que faire des études de lettres ne signifie pas nécessairement savoir lire. (Les formations les plus prestigieuses comme l’agrégation ont leur part de responsabilité dans ce désastre. Elles nous imposent des grilles de lecture autant qu’ un mode de langage sur le texte.) 

L’enseignement des lettres tel qu’il se présente aujourd’hui ne permet donc pas d’aborder le poème dans toute sa puissance. Comme face à tout autre texte, on cherche un sens dans le texte, une vérité dans le texte, alors que c’est d’abord en soi qu’il faut chercher. Comment cela te traverse t-il ? Voilà la première question essentielle qui n’est jamais posée. Le commentaire ne peut se faire qu’après cela. L’individu dans sa singularité est donc d’emblée exclu de la lecture, il n’est plus qu’un trouveur de choses. En sortant de l’école, il ne sait donc pas véritablement lire –librement et singulièrement-.

 L’espace de la critique littéraire contemporaine à la télévision et à la radio ne parle presque jamais de poésie. Ceci n’a rien d’étonnant. Le temps laissé aux critiques pour lire les livres ne peut coïncider avec la lenteur nécessaire à la lecture du poème. L’attachement à la figure de l’écrivain les empêche de lire des inconnus. Comme aucun de leurs codes ne leur permet d’aborder la poésie, ils n’en parlent pas. Finalement, seuls les poètes parlent de poésie.

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