mercredi 6 juin 2012

Eclat du solitaire par Bobin



Le petit livre de Christian Bobin, Eclat du solitaire, se lit coupe-papier à la main. Un geste qui va bien à la lecture de ces textes à la fois remplis d'évidence et appelant à la méditation. Christian Bobin évoque dans ce livre un portrait dessiné par Gille Dattas, un peintre inconnu mais un génie du dessin qui fut aussi gardien au musée du Louvre. Ce contraste entre la fonction de l'individu et la profondeur de son talent n'est pas le sujet du livre.Ces courts textes en prose interrogent avec profondeur le génie et la fragilité d'une vie. "Personne n'est plus fort qu'un brin d'herbe"
 
Le poète s'attache tantôt au visage dessiné qui le hante par sa force, tantôt aux pivoines éclatantes. D'un côté l'appel d'un visage teinté de colère, un visage qui frappe, de l'autre la beauté. D'un côté l'attirance pour l'éternité du chef d’œuvre, de l'autre celle pour l'éphémère de la fleur.  "Les pivoines explosent comme des pétards dont on entend pas le bruit"

Finalement, l'un et l'autre se rejoignent dans l'âme de celui qui écrit car le visage comme la fleur traversent l'être et le marquent à jamais. Ce sont ces choses-là qui comptent dans la vie d'un homme ou d'une femme. Plus que la quantité de fleurs cueillies ou de tableaux contemplés, Bobin chante ce qui nous prend pour toujours. "Le tableau est accroché par un clou planté dans mon cerveau". Le visage ne quitte plus celui qui l'a vu et regardé. Ce pourrait tout aussi bien être le visage d'un être aimé. 

Mais il ne faut pas trop en dire sur ce livre car ce serait lui ôter ce qu'il a de plus fort : il appelle le silence... L'homme y habite une région du ciel qui s'appelle la terre...

Référence:

Eclat du solitaire, Christian Bobin, 2011, Fata Morgana.

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