samedi 14 juillet 2012

"Césarine de nuit", Antoine Wauters

Un poème narratif doux-amer, voilà ce que nous donne à goûter l' une des publications les plus remarquables de ce printemps chez Cheyne, Césarine de nuit. Le poète, Antoine Wauters, publie ainsi son deuxième ouvrage chez Cheyne (entre autres publications) et creuse un peu plus encore son écriture si sonore.



Une narration crue et poétique en même temps, enfermée dans de petits carrés de prose. Des cellules, des unités de sens mais aussi des briques solides. Nul besoin de fioritures et de descriptions à outrance pour raconter l'histoire de Césarine et Fabien, deux jumeaux abandonnés par leurs parents paysans qui tentent de transformer le mal en liberté, la peine en amour, la cendre en feu. 

Césarine et Fabien sont deux être en fuite, deux aimants, deux êtres purs qui caressent et qui lisent mais qui traverseront toutes les épreuves que leur inflige le monde: l'arrestation, l'asile, l'emprisonnement. Leur liberté se paie avec de la douleur, leur singularité les met en danger. 



L'histoire de ces deux enfants est aussi un plaidoyer pour la liberté contre l'aliénation, pour la métamorphose et l'amour contre le désespoir. L'innocence, de plein pied avec le réel, va devoir préserver pureté, désir et tendresse.

La langue est sonore, frappante et ne cesse de piquer le lecteur. L'oralité de ce texte tient à son paradoxe: il puise sa force dans la douceur. Le propos, lui, reste âpre et amer. 

Extraits ( p. 27 et p. 84)

"On  vient avec  des  lances, et l'envie
bien rélle de le voire  s'activer. Tombe
son  livre. On  le  cogne.  Tombe  son
regard à nos pieds, nos bottes, coques
en fer. On le maintient immobile, reins 
ceinturés, genoux  à  quai  puis piqûre
de morphine dans la veine de la panse
ou du  très  petit  gras. Lire comme lui,
calme au doux pied de l'eau, ce grand
fleuve  qui  vous   traverse   les   yeux,
cela relève du mauvais goût.On brûlera 
le  mauvais  goût. Attendez  voir."

*
"Où on touche Fabien, où on le menotte 
encore    sur  le  chemin pavé   longeant
la haie  d'épines, le porche  principal, la
pierre  opaque  du  seuil  où  on  marque
une  pause. Là,  du  clos, de  l'asile,  pas-
sant  la  porte  lourde, nul  ne lui souffle
mot, et  nulle  eau  ne lui  sourd. Langue
ou   lagune ,  crique  trois  fois   fermée,
trouvons  Fabien  dans  ce  qu'il  tait."



Césarine de nuit, Antoine Wauters, Cheyne, coll. Grands Fonds, 2012.




Antoine Wauters

Né à Liège en 1981, il a étudié la philosophie et enseigné pendant plusieurs années.  Il travaille désormais comme scénariste. 

A lire:

 Debout sur la langue, éditions Maelström, Prix Polak de l'Académie de langue et littérature françaises de Belgique - 2008.
Ali si on veut, coécrit avec Ben Arès, Coll. verte, Cheyne, 2010.


La mythique et tant aimée librairie Filigranes à Bruxelles parle du livre d'Antoine Wauters:



Aucun commentaire: