dimanche 8 juillet 2012

La poésie à l'école : devenir producteur

Le propos que je tiens ici est la suite logique de l'article précédent. Je précise aussi comment et pourquoi la poésie - comme bien d'autres activités- peut être vectrice d'émancipation au sein même du système scolaire. 

L' Ecole, comme pratiquement tous les coins de notre société, est victime de la prolétarisation. Le philosophe Bernard Stiegler la définit comme une privation des savoirs et des savoirs-faire d'un individu (en simplifiant). L'école devient ainsi une machine à produire du consommateur: celui-ci y trouvera les méthodes nécessaires pour obtenir le bac, les compétences indispensables à son insertion dans les écoles diverses et variées...  Il me semble que l'écriture poétique (comme pratique régulière et répétée et non seulement comme petite production ponctuelle) va à l'encontre de cette dangereuse pente sur laquelle nous descendons de plus en plus vite.



Ecrire, ce n'est pas être passif mais être acteur dans le monde, au même titre que faire pousser des légumes ou de construire une maison. C'est, non pas consommer, mais construire (et se construire).
Ecrire, c'est habiter le monde, se l'approprier sans être propriétaire. On apprend à être au monde plus qu'à posséder le monde.
Ecrire, c'est se mettre en relation avec le réel et avec les autres.
Ecrire, c'est improviser, c'est donc apprendre à prendre des risques, à les apprivoiser comme les vertiges.
Ecrire c'est  devenir plus éveillé et consistant.
Ecrire, ce n'est pas trouver la bonne réponse.
Ecrire, c'est chercher des ressources en soi et non des méthodes.

Faire écrire, ce n'est pas renoncer à la discipline, c'est renoncer au tout-contrôle et à la distance avec les autres.
Faire écrire, c'est rencontrer.
Faire écrire, c'est lâcher prise.


Ouvrir des ateliers d'écriture poétique, tout comme faire jardiner, faire du théâtre, sortir dans la rue... c'est lutter tant bien que mal, maladroitement, avec son expérience, avec des échecs, avec des refus, des critiques, contre le taylorisme du monde de l'Education Nationale. Voire s'autoriser ce que le système ne nous autorise pas.

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