samedi 1 septembre 2012

Rentrer


Le temps dure longtemps aux Lectures sous l'arbre. 2012 répète intensément 2011, comme un été plus profond que le précédent. J'ai déjà publié quelques liens concernant le festival, mais ils ne reflètent en rien la densité d'une telle semaine. D'ailleurs, fut-ce une semaine? N'est-ce pas plutôt une expansion du temps contenu dans l'été? Plus que jamais, Les Lectures étaient à contre-courant en mettant à l'honneur la Grèce. Celle à qui l'Europe doit tant. Mais elle l'oublie, prise à son propre piège. Une semaine pour entendre une langue, une géographie. Une semaine de révolution douce et pacifique. On n lutte pas là-bas, on chante, on construit. On tente d'incarner la liberté que l'on revendique.

Cheyne reste une maison d'édition singulière (et je ne dis pas cela pour prêcher pour ma paroisse!) tant elle a su concilier une intégration au système éditorial et une indépendance d'esprit et de cœur. C'est un puits d'humanité, un bateau aux voiles légères mais solides, aux capitaines audacieux et généreux. Je parle au pluriel puisque Jean-François Manier passera le témoin dans un an à Florence Buti. Peu de maisons d'éditions ont su ainsi transmettre aux jeunes ce qu'elle avait érigées. Nous rentrons donc avec des trésors, des amis plein la tête, des projets, de la matière.

La rentrée est là. Mais de quoi rentre t-on au juste? De la frénésie des plages, de l'agitation perpétuelle? De la consommation ensoleillée?  Des Lectures on rentre d'un espace de fraternité et de beauté. Reste à savoir où l'on va et ce que l'on fait de la lumière du phare. On peut choisir de vivre comme une méduse toute sa vie, de subir l'alternance du travail et des vacances. On peut aussi choisir de vivre comme une pieuvre, de concilier mille vies de peur de tout perdre. On peut choisir de poursuivre un but, de donner au système des raisons de nous hisser plus haut et de nous reconnaître comme éléments valables. Mais on peut aussi décider de ne renoncer à rien de ce à quoi nous tenons, décider d'aller là où l'amour nous porte.

La rentrée est là. Voici le moment de tirer les leçons de l'été et des rencontres. De cueillir les grains mûrs. 

Nous rentrons, et c'est l'heure des annonces. Cette année, ce blog se fera l'écho d'une première aventure : le travail des collégiens du Val de Marne sur Une neige, mon premier recueil. J'ai le sentiment et la certitude que c'est auprès d'eux qu'il faut être, qu'il y a nécessité à se frotter aux jeunes gens, à leur faire entendre une voix et une langue qui ne sont pas les porte-paroles d'un système qui leur semble immuable. Transmettre l'essentiel et leur dire qu'il y a tout à inventer.
Ce blog se fera aussi l'écho de la nouvelle politique culturelle mise en place cette année. Autant le dire, sale temps pour la poésie. L'un pensait qu'elle était inutile, le second la juge élitiste, et nous voilà entrés dans l'ère des performeurs, des laboratoires artistiques.
Enfin, ce blog vivra les jolis remous de ma dernière année scolaire à Paris et les ébauches de nouveaux projets associatifs  et poétiques. Car il y a urgence à vivre, à faire et à construire.

Nous rentrons, c'est donc que nous étions sortis? Je crois que c'est plutôt l'inverse, que tout est à faire dans ce dehors qu'on voudrait peupler de divertissement et d'oisiveté.  
Bonne rentrée à tous donc, au plus près du présent. Belle rentrée attentive, joyeuse mais aussi désobéissante. C'est plus que jamais nécessaire.

1 commentaire:

Marcel Trucmuche a dit…

En artisan
j'approuve
ce que proposant,
tu prouves.

A ton appel
je me rappelle
qu'unir
les désirs
donne force;

car nul amour
dans le non-voir
des murs de la cité
humaine
- société suscitée
dans le travail et la peine -

ainsi oeuvrer plus en amour
qu'en preuve d'amour.