jeudi 13 septembre 2012

"La pluie jaune", Julio Llamazares

Dans le roman de Llamazares, trois personnages : un homme au seuil de la mort, la nature, et le temps. Au creux des Pyrénées espagnoles, entre deux montagnes, le village d'Ainielle s'est vidé peu à peu de ses habitants. L'exode des vivants n'a laissé que la lourdeur des souvenirs, le poids du lierre, des fantômes avec lesquels vit un homme qui jamais ne quittera son village. 

La pluie jaune est le récit d'une longue nuit de solitude, de folie et de cauchemars. Peu importe que nous ne sachions si quelques jours ou quelques années se sont écoulés. Dans l'intervalle entre la vie et la mort, celui où le cœur bat toujours et où l'âme est déjà ensevelie, un homme réveille les visages des disparus. Sans se révolter contre son sort, il résiste à la neige, à la faim, aux assauts des fantômes, aux illusions, à la fièvre. Il reste à Ainielle, village abandonné et mort, toujours plus mort au fur et à mesure que l'ensevelissent les neiges, les arbres, la poussière. 

Le temps lentement recouvre les maisons d'une pluie jaune, les ombres, le ciel, les arbres finissent eux-mêmes par prendre cette couleur jaune qui ressemble plus au sépia qu'aux blés. 
Les fascinantes images d'un village absolument vide et silencieux rendent sensible à chaque page la progressive avancée du temps. Ce roman poétique, rédigé dans une langue limpide mais tranchante, surpasse les tableaux qui représentaient la mort. Pas de faucille, pas de visage noir, mais une évocation bouleversante de ce moment où l'être, hanté par les traces des disparus et des disparitions, doit faire face à sa propre limite. Les lézardes dans les murs d'une vie menace les maisons, cet homme qui nous parle et, on le pressent, le lecteur lui-même.

La pluie jaune est une profonde image de l'abandon et de la solitude, un récit qui se fait chant malgré la dévoration.

La pluie jaune, Julio Llamazares, traduit de l'espagnol par Michèle Planel, éditions Verdier, 1990, 2009 (poche)



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