dimanche 23 septembre 2012

Loin des centres

Dans un récent billet sur le blog de Micro Cassandre intitulé  "Les poètes vivent toujours d'autre chose", Michel Thion fait part de sa colère quant au traitement singulier des poètes dans l'univers artistique français. Et on ne pourra que lui donner raison. Force est de constater que les poètes ne sont pas traités comme des artistes à part entière. Je me fais l'écho de ce cri parce que nous l'avons tous poussé un jour ou l'autre. Je vous laisse apprécier les anecdotes citées par Michel Thion, elles parlent d'elles-même. Face à cette situation, il décide de ne plus venir dans ces lieux qui voudraient faire de lui un bénévole de la poésie, un porteur de vocation travaillant gratuitement.
Michel Thion soulève deux problèmes différents en un seul article: celui de la rémunération de nos interventions, et celui du statut du poète par rapport aux autres artistes. Les deux sont liés bien évidemment. Je ne les résoudrai pas bien que j'aie un avis tranché sur la question (ce sera pour un prochain article sans doute). Quoi qu'il en soit, les mêmes questions se posent pour tous les artistes : vivre de son art, remplir sa vie par son art, limiter les activités qui n'ont pas de sens...

Trouver l'espace et le temps pour créer n'est d'abord pas une mince affaire. Ou comment faire pour ne pas s'aliéner dans le travail. Écrire n'est pas un loisir qu'on s'offre les soirs de pluie. Le boycott de tout ce qui ne respecte pas notre travail est une solution. Et je crois qu'il faut aller plus loin encore.

Qu'il faut, comme Jaccottet l'a fait à 28 ans (1953), partir loin des centres, le plus vite possible, le plus jeune possible. S'éloigner du cœur, des influences, pour rester soi-même. Pour trouver un  lieu qui nous parle, pour écrire là où il y a du possible, de l'ouverture.  Quitter ce qui se veut le cœur pour ne pas se perdre . Parcourir toutes les branches de l’étoile pour garder en nous sa forme. Reconnaître son visage. Loin des centres s’abreuver. Se nourrir. Et s’absenter de l’absence.

Allons semer des jardins ailleurs, hors de Paris, des subventions, du mépris ou de l'ignorance manifestés par certaines institutions. Inventons nos lieux. Il ne s'agit pas de tourner le dos au monde, mais de ne pas transiger. Risquons-nous à l'écart pour déployer nos gestes.

1 commentaire:

Marcel Trucmuche a dit…

L'artiste
face au veau d'or
médite sur
ce qui fera tomber
l'idole.