jeudi 18 octobre 2012

Le vertige des forêts


Horizontal. Le vertige de la forêt remplie à foison de mythes et de légendes, de profondeurs, d'ombres et de formes à peine ébauchées. Vertical. Le vertige de la forêt, des racines aux cimes ondulantes.
Rémi Caritey, dans sa "petite déclaration d'amour aux mousses, aux fougères et aux arbres" raconte ce lieu de providence et de réconfort, de mystère et d'inquiétude. Familier des arbres, Rémi Caritey l'est assurément. Il est occupé par un drôle de métier, celui de grimpeur-récolteur, "métier à la fois poétique, engagé, et quelque peu dérisoire". De son amour des forêts et des graines est né ce livre bref dans lequel il évoque tout à la fois ses promenades dans les Vosges et ses traversées des forêts d'Afrique de l'Ouest. 
La solitude et  le retrait propres à ce lieu ne sont pas, pour l'auteur, une manière de fuir le réel mais au contraire de retrouver une présence au monde: "le recours aux forêts est parfois une condition de survie". Pour ce photographe, la fréquentation de la forêt permet de retrouver des chemins perdus : lenteur, écoute, patience... " Se perdre, c'est accéder à la chance de tout redécouvrir et de tout réinventer. Alors, c'est la puissance de la vie qui ranime l'essentiel."
Cette déclaration d'amour à la forêt est aussi un éloge du mouvement: escalader, grimper, sont autant de manières de retrouver le plaisir d'être un écureuil. Rémi Caritey regrette seulement que grimper aux arbres n'ait pas la même noblesse qu'escalader un rocher, sans doute parce que la première activité évoque l'esprit d'enfance. "Imaginez que l'on se pique, lors d'une fête en plein air, d'escalader un avenant résineux de jardin. Qu'on se hisse alors en quelques mouvements au milieu du pin, et une grande angoisse s'exprimera dans les injonctions à rejoindre la rationalité de la pelouse."
Marchant en forêt, Caritey a la sensation d'appartenir au monde et de renouer avec une part viscérale de l'être humain:  "écoutant le brame du cerf, j'étais troublé par l'écho de cette sexualité sauvage qui met à nu l'animalité des instincts humains. Mais je demeurais encore dans la sphère de mes pensées, abordant la forêt avec des concepts abstraits".
Ce texte trouve tout à fait sa place dans la collection "petite philosophie du voyage" : point d'exil en forêt, point de peurs ni d'enfermements, de bannissements. Seulement de l'espace, de la liberté, du refuge et une qualité de rapport au monde que l'on ne trouve nulle part ailleurs. Dans ce petit ouvrage, la moelle d'un monde que nous ne connaissons souvent que superficiellement.

"Le corps tout entier est impliqué dans le déplacement, et l'esprit doit suivre"



Sylvea, le site de Rémi Caritey

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