mardi 25 décembre 2012

Habiter poétiquement le monde




Canopée se revendique "revue culturelle". L'amateur de Télérama n'y trouvera cependant pas son compte. Le n° 10, intitulé "Habiter poétiquement le monde" est particulièrement intéressant et ne dément pas la qualité (et l'intelligence!) des choix éditoriaux. Canopée n'est pas une revue pour consommateurs de culture. Un numéro par an. Lentement, la revue fait son nid, éditée par Actes Sud. Ambitieuse, elle plaide pour une écologie de la terre, du corps et de l'esprit. Ainsi embrasse t-elle à la fois le questionnement écologique et poétique. Le roman a ses revues, parce qu'il a ses festivals et ses rentrées littéraires, ses têtes d'affiche. Le théâtre a ses revues car, en tant qu'art social, il est naturel pour lui de porter les questionnements politiques, économiques et sociaux. L'écologie a ses revues militantes.
Canopée, elle, a la singularité de relier deux objets apparemment sans liens: l'écologie et la poésie. Comment? En revendiquant une vision de l'écologie bien plus profonde que la (simple?) défense de la nature. L'écologie, du grec oïkos, signifie "l'habitat". Et la revue pose cette question : Comment habiter aujourd'hui?  La poésie et l'art en général ne seraient-ils pas une des manière de répondre ou de creuser la question?
La canopée est cet étage supérieur des forêts qui se trouve directement en contact avec les rayons solaires. Difficile d'accès, ces cimes sont considérées comme un milieu extrêmement riche. Je ne prends pas la peine d'éclairer la métaphore de la canopée, elle est transparente.

Le n° 10 -2012-, de la revue, reprend la célèbre phrase d'Hölderlin, "habiter poétiquement le monde", en fait -à raison- une injonction. Nécessité d'habiter autrement, de se singulariser, de quitter les terres hostiles du va-vite et de la superficialité. Des invités de choix pour ce numéro. Juliette Binoche y évoque sa lecture du Dialogues avec l' ange de Gitta Mallasz (dont je parlerai moi-même sous peu). Christian Bobin qui plaide pour la contemplation ("les contemplatifs sont les guerriers les plus résistants"). Eric Jullien évoque sa rencontre avec les indiens kogis. Albert Jacquard, Marva Collins et Thomas d'Ansembourg défendent une transmission incarnée, vivante, faisant plus de place au corps. Sylvain Tesson y fait l'éloge du livre.  

Le fil rouge du n° 10, c'est la nécessité de faire de la créativité et des émotions une boussole. La revue fait donc la part belle aux danseurs et aux voyageurs, défend une autre éducation où le corps ne serait pas réduit à portion congrue, fait de l'éveil de la conscience le premier geste de résistance.
Ce n'est donc pas un propos exclusivement littéraire, mais une vision large et tout à fait juste du poétique. Le poétique comme posture, comme attitude dans la vie et dans le monde. Autant de témoignages qui montrent qu'habiter, c'est moins affronter la réalité qu'être pleinement avec elle. Le seul parti pris de cette revue, c'est celui de la beauté et de la vérité.

"Il me semble que la poésie est comme une explication, mais qui n'explique rien. Elle est comme une science, elle est la seule science qui ne maltraite pas son objet." Christian Bobin (p.  77)

A consulter: Canopée 2012 
La revue est disponible chez Actes Sud,  Fnac, Natures et Decouvertes.

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