samedi 10 août 2013

« Pour qu’il y ait élévation, il faut qu’il y ait pesanteur. »



« Jours sans écriture. Mais à quoi servirait-elle quand tout mon corps écrit sur la roche les gestes de la plus belle œuvre que j’ai l’impression d’avoir créée ? » Bernard Amy, « L’échelle de Jacob », La Réponse des Hauteurs (Libris, 2004)



L’exergue de la Grâce de l’Escalade d’Alexis Loireau a autant attiré mon attention que le sujet traité, l’escalade. Il ne s’agit pas, à mon avis, d’une simple comparaison, qu’un simple moyen de faire un parallèle entre deux activités apparemment très différentes : l’écriture, d’une part et l’escalade d’autre part. Leurs points communs : une esthétique et une technique.

Une falaise peut avoir mille fois plus d’attrait que la salle de théâtre ou le livre. Elle magnétise. Elle est un appel d’énergie. Il va donc de soi que l’opuscule de Loireau a toute sa place sur ce blog, bien qu’il ne soit pas ouvrage de poésie et ne traite aucune question littéraire.

La force de ce livre est d’éviter les justifications métaphysiques bien que cette dernière n’en soit pas absente. Alexis Loireau décrit simplement ce que c’est que grimper et livre des anecdotes personnelles éclairantes ; explique en quoi la texture d’un rocher est source de joie pour un grimpeur, évoque l’ infinité des matières, des grains, des lumières, des résistances. 


L’escalade, ou comment aiguiser son geste et sa conscience, devenir son propre maître. Car grimper est bien une forme de méditation. Elle supprime toute pensée, rend l’esprit et le corps parfaitement synchrones et présents au monde. Le grimpeur, idéalement, ne fait plus qu’un avec sa voie.   A. Loireau parle ainsi d’une écriture du corps qui « devient son propre moyen d’expression ». Le grimpeur recherche ainsi la perfection du geste et la manière de réussir une voie ne tient pas qu’à atteindre le sommet.


En cela, l’escalade est loin d’être un simple sport : elle permet de nouer des liens singuliers avec la nature, d’arpenter les mêmes territoires, de créer une véritable intimité avec la nature. L’escalade, « sœur cadette de l’alpinisme » comme l’explique A. Loireau, n’a rien d’une conquête d’un sommet. Elle s’apparente plutôt à une élévation  avec une économie de moyens, pour se rendre nulle part. La nuance est de taille. La situation unique de l’escalade pourrait être résumée par cette phrase du livre : « être sur terre, mais loin du sol ».

* citation du titre: Gaston  Bachelard

A lire ou à relire:
 


 

2 commentaires:

Florence Moreau a dit…

Curieusement, cet article me fait penser à "L'étoffe des songes," où le rêve de Jeanne décrivait cette sensualité de la grimpe, et la roche devenant à la fois amie et ennemie. Mais peut-être que je me trompe ?

Lysiane Rakotoson a dit…

Je n'y pensais pas! Mais tu as parfaitement raison. D'ailleurs, il m'arrive souvent de penser à ce passage du texte de Marc lorsque je suis à la montagne.

"L'Enfer- est en haut!" ;-)